Sous l’EMPRISE de la LUNE

jeudi 21 février 2013

N°96- SOUS L’EMPRISE de la LUNE. Le regard de la science. (N°15)
J.Bellayer - Ed.Book-e-Book - Chandelles dans les ténèbres - 08/11/11 - 75 pages - Tout lecteur.
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RÉSUMÉ : Souvent le fruit d’observations superficielles, des pouvoirs sont attribués à la Lune, concernant le comportement humain, animal et végétal. Le laboratoire de Zététique propose une approche scientifique (statistique, psychologie) dans la recherche de preuves en répertoriant de nombreux travaux menés sur le sujet.

MOTS CLÉ : naissances, accidents, linge, biodynamique.

L’AUTEUR : Jérôme Bellayer est professeur de sciences physiques, collaborateur au laboratoire de Zététique de l’Université Nice Sophia Antipolis et membre du Centre d’Analyse Zététique.

La zététique est l’étude rationnelle des phénomènes présentés comme paranormaux, des pseudosciences et des thérapies étranges. Cet art du doute, du scepticisme (Pyrrhon/-365/-275), a été remis à l’honneur par Henri BROCH créateur du laboratoire de Zététique à l’Université de Nice (Sophia Antipolis). Tout appuyé sur la démarche scientifique par le biais d’enquêtes et d’expérience, son objectif est de contribuer à l’appropriation critique des connaissances, hors emprise d’idées fixes ou préconçues. Penser clairement, comme hygiène préventive du jugement.

Dans ce N°15 de la série « chandelles dans les ténèbres », Jérôme Bellayer use des pratiques de la démarche scientifique pour ouvrir le dossier « sous l’emprise de la Lune » dans lequel il dénonce cette sagesse populaire qui dépasse le cadre des croyances, pour s’établir comme vérités parfaitement établies. Divers dossiers sont posés, la lune et les naissances et le cycle féminin, la lune et le blanchiment du linge, la lune et le comportement humain (crimes, accidents) et animal, la lune et l’agriculture, pour s’interroger enfin sur l’aspect psychologique, le pourquoi de la survivance de ces croyances.

Quand 71% des français (Idées reçues/TV1/2008) sont convaincus que la Lune (P.L) a une influence sur les naissances, comment la science doit-elle s’y prendre pour apporter son témoignage et éventuellement réfuter l’affirmation ? Sur cet exemple il s’agit avant tout de définir l’affirmation « nombre de naissances plus important », et d’établir un seuil de détection au préalable. Si la moyenne journalière dans une maternité locale est de 6, un jour de forte affluence serait de 10, soit 67% d’augmentation (seuil). Les outils statistiques mettent en évidence le rôle de l’effectif local ou global (c’est lui qui fixe le seuil) et des échelles temporelles. D’autres paramètres tels le type de naissance (naturelle, provoquée), le facteur psychologique sur cette croyance (effet placebo) autour de la pleine Lune (PL), la date et la durée analysée de celle-ci… Et de conclure ce dossier, comme les autres, qu’aucune corrélation ne peut appuyer la mise en évidence d’un mécanisme physique entre naissance et lunaisons. Pas plus qu’entre cycles féminins et lunaisons qui devrait conduire à voir des ovulations au même moment partout sur Terre, de même nature qu’une synchronisation des périodicités.

Certains effets annoncés ne sont même pas réels. Le lecteur appréciera le cas du blanchiment du linge par une Lune rousse où la corrélation prétendue n’a rien à voir avec la causalité établie par la science. Présence de la Lune, ciel dégagé, condensations conduisant à la dissolution de composés oxydants (O₃ ; H₂O₂) dans l’atmosphère (troposphère), décoloration du linge ! Arago avait déjà prévu les foules (Astronomie Populaire/1826) : s’ils se trompent, c’est seulement dans les conclusions. La lumière lunaire n’est ici que l’indice d’une atmosphère sereine. Y a-t-il encore quelqu’un pour écouter ? Quant à définir la Lune rousse…

La Lune crée des accidents, la Lune pousse au suicide, la Lune pousse au crime ou à certains comportements violent…nombreuses sont les études conduites sur ces thèmes, où l’on voit parfois certains (A.Leiber/Psychiatre/1978) surestimer le rôle de la gravitation lunaire sur l’environnement humain ou animal, ou d’abuser de faux positifs.

Dernier dossier sur l’agriculture où la biodynamique (R.Steiner/1924 -M.Thun/2008) fait les frais des investigations de l’auteur. Pas difficile de réfuter l’influence de forces cosmiques influençant la vie végétale au travers des constituants de Terre, et où le travail de l’agriculteur consiste à les équilibrer par des préparations biodynamiques. Conclusion des études comparatives (vigne, compost, radis) aux multiples paramètres : la biodynamique ne fait ni mieux, ni moins bien que la culture biologique. Et l’auteur d’évoquer les surprenants tests en aveugle appliqués aux Stradivarius ou aux vins qui montrent qu’on peut aussi se tromper en toute bonne foi.

Soulever la question « pourquoi ces croyances subsistent-elles » ouvre la porte au comportement de notre cerveau. Statistiques mal digérées, corrélations illusoires, mémoire et exposition sélectives, visent à réduire ce que l’auteur appelle la dissonance cognitive alimentées par des théories naïves, plus simplistes que simples et même pas fausses. A travers tous ces filtrages, se développe une expérience personnelle qui amplifie les croyances et superstitions, et dont sa faillibilité offre l’apparence du vrai. La remise en question devenant mission impossible, sous le couvert d’une science ne répondant pas à tout. Cela est vrai pour qui n’accepte pas la rigueur de la démarche, et dont son efficacité témoigne sur notre quotidien. Faut-il voir là une forme de parasitisme (P.Boyer) de nos cellules cérébrales aux multiples connexions ? Une forme de laisser aller vis-à-vis de certaines idées face à leur port d’attache où il n’est rien de si beau que ce qui n’existe pas.

Jacques CAZENOVE - 30/11/11.



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