ALTERSCIENCE

Postures, Dogmes, Idéologies
vendredi 7 juin 2013
par  Jacques

N°17- ALTERSCIENCE - Postures, Dogmes, Idéologies.
A.Moatti - O.Jacob.Sciences - 01/13 - 335 pages - Tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Pourquoi des personnes de culture scientifique en viennent-elles à adopter une attitude hostile à la science. Alterscience comprise comme une remise en cause des théories contemporaines au service de dogmes et idéologies sans rapport avec la science et à sa démarche usant de l’abstraction des mathématiques.

MOTS CLÉ : posture, vitupération, complot, instrumentalisation.

L’AUTEUR : Alexandre MOATTI est ingénieur en chef des Mines et chercheur en histoire des sciences et des idées (Université Paris VII/D.Diderot). Auteur de Einstein, un siècle contre lui (07).

Pourquoi et comment des personnes formées à la science se mettent-elles, à un certain âge de leur vie, à prendre une attitude violemment opposée à la science qui leur est contemporaine ? Comment des scientifiques en viennent-ils à mobiliser leurs capacités de raisonnement et construisent-ils une argumentation à caractère scientifique au service d’idéologies sans rapport avec la science ? Nous désignons leur démarche par le terme d’alterscience, dans lequel nous englobons diverses constructions théoriques remettant en cause de manière radicale des résultats importants de la science ou utilisant des arguments scientifiques à des fins idéologiques, religieuses ou personnelles.

Voilà qui est dit et qui sera largement argumenté dans les 4 chapitres de ce passionnant dossier où certains nous trouveront justification à certains discours toujours présents dans notre société, et à toutes les échelles des connaissances.

Pourquoi cette opposition virulente et théorisée, quasi pathologique, à la science contemporaine par ces cranks qui sont ingénieurs et qui font de la relativité ou du darwinisme leur cible de choix en proposant des construction personnelles à l’appui des de leur croyance ou de leur idéologie ? Systèmes de pensée fermés et autarcique où l’art d’avoir toujours, et contre tous, bricole avec la conspiration du silence ou la théorie du complot. Une chaussure dans son expression parle la langue de celui qui la chausse.

Il s’agit enfin de réfuter l’objection selon laquelle toute science serait alterscience, s’étant construite par remise en question de théories établies autour de certains paradigmes. Le discours alterscientifique présente une différence de nature avec l’élaboration contemporaine de la science à faire circuler la phrase entre les majuscules. Il se marginalise par son caractère obsessionnel, par le fait qu’il se tient hors des lieux où s’élabore la science, avec ses méthodes d’examen contradictoire de toute nouvelle idée. L’alterscience diffère de l’erreur scientifique (rayons N)/1903/ où l’on voit R.Blondot abandonner son idée une fois celle-ci invalidée) par sa persistance. Avec la sociologie des sciences, la science n’est-elle par pointée comme enchâssée dans un réseau de pouvoir où certains comportements caractériels y font leur nids ? La science n’a-t-elle pas elle-même conduit à certaines dérives (Hiroshima) où des lanceurs d’alerte creusent leur puits ? Les constructions théoriques des mouvements de négation analysés reflètent souvent une vision apocalyptique de la société, où la technoscience aurait remplacé la démocratie. Rien à voir là aussi avec le rapport autocritique de l’aventure scientifique, entre la pluie et ce qu’elle mouille.

La première partie traite de théories alternatives d’ingénieurs qui sont persuadés de construire une autre science en marge des théories modernes (relativité, évolution). Conception à minima de l’ alterscience soft comme science altérée parce que éloignée de la véritable construction scientifique. Ingénieurs anti-relativistes en marge d’une théorie bien jeune encore (Cercle de physique A.Dufour), nouvelle physique des avions renifleurs, énergie libre de Vallée et mythe de Tesla donneront aux lecteurs matière à réflexion, sinon à réfraction.

La seconde partie a trait à l’instrumentalisation de la science à des fins religieuses. Et la cosmologie naissante et la théorie de darwinienne l’évolution donne leurs ailes à tous ces prosélytes qu’ils soient fondamentalistes ou créationnistes où les conflits sont parfois entre croyants et athées. Divers cas récents sont étudiés (G.Plaisant/W. van der Kamp/R.Sungenis), tous ingénieurs égarés (mal garés ?) dans un géocentrisme radical, ainsi que certains mouvements à l’étonnante capacité d’adaptation.

La troisième partie détaille certaines postures historiques d’opposition à des organismes officiels (Académie des Sciences). Le concept d’alterscience, sur cette période préscientifique (1780/1840), caractérisée par la formation de l’esprit scientifique est mis sur une trajectoire historique. Les positions prises par Marat, Fourier et Comte et les relations qu’ils entretiennent avec la science exacte de leur époque, offrent le recul nécessaire pour l’analyse de l’alterscience actuelle, l’ancien devant être pensé en fonction du nouveau.

La quatrième partie prend en compte les idéologies actuelles et leur utilisation de la science. Cette alterscience dure correspond à une altération de la science pouvant conduire à sa négation où chaque mot y lance sa pierre. (Néocréationnisme, technofascisme, panscientifisme (science au dessus de tout), anarchisme, antiscientifique).

Opposition radicale et théorisée à la science qui leur est contemporaine. Vitupération pouvant aller jusqu’à la théorie du complot. Instrumentalisation de la science à des fins idéologiques ou religieuses. Avec le rejet du Signe (abstraction mathématique) et le désir du Tout (d’une science unifiée), tels sont les ingrédients chahutés par l’auteur dans cet intéressant dossier et dans lequel le lecteur trouvera maints exemples traités en profondeur. Chacun saura y reconnaître, dans sa géométrie locale, quelques para-maitres à justifier de sa courbure ou de sa topologie, quelle soit con ou multicon-nexe.

L’appréhension intellectuelle du monde extérieur à notre propre personne, m’apparaissait comme le but suprême à atteindre (Einstein).

Jacques CAZENOVE - 08/02/13

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