La carte du ciel

mardi 22 mai 2012

N°29- LA CARTE DU CIEL. Histoire et actualité d’un projet scientifique international.
J.Lamy - Ouvrage collectif - EDP Sciences - 06/08 - 250 pages - Tout public motivé.

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RÉSUMÉ : Le projet international de réaliser une carte du ciel photographique est lancé en 1887. Il était destiné à fournir une référence astrométrique des étoiles dans les deux hémisphères. Dix huit observatoires décidèrent d’y participer, mais trop étalé dans le temps,il dut être interrompu en 1970 devant les difficultés d’organisation.

MOTS CLÉ : cartographie, photographie, astrométrie, catalogue.

LES AUTEURS : Iléana Chinnici, Françoise Leguet-Tully, Jérôme de la Noé, Hamid Sadsaooud, Arnaud Saint Martin, Charlotte Bigg, Alain Fresneau, Emmanuel Davoust, sous la direction de Jérôme Lamy (CNRS-Université de Toulouse II)

Il y a un moment où la lumière commence à s’en prendre aux choses.
En 1887, suite à la technique émergente de la photographie sur plaque, le contre-amiral Mouchez, directeur de l’observatoire de Paris, organise le projet international de la Carte du Ciel (CDC). En marge de l’astrophysique naissante, ce projet d’astrométrie aux objectifs parfois mal définis, va mettre à contributions quelques 18 observatoires de par le monde, tous munis d’instruments et de protocoles expérimentaux identiques afin de calibrer aux mieux les résultats. Chacun des intervenant mettra en pratique et rendra compte de l’avancement de ce vaste projet s’étalant sur presque un siècle. L’organisation de ce projet à l’échelle planétaire, son étalement dans le temps et dans l’espace, le manque de coordination, les conflits en tout genre et le financement, conduisent à un enlisement du projet initial et à son abandon définitif en 1970.

1-Avec Iléana CHINNICI (l’observatoire de Palerme), c’est la genèse du projet CDC qui est abordée : les objectifs fixés et leur évolution, l’homogénéité du matériel, les enjeux politiques et économiques, nationaux et internationaux, qui les sous tendent. Il constitue un exemple d’entreprise savante où des raisons non scientifiques pèsent lourd sur son déroulement et sa réussite.

2-Jérôme LAMY (CNRS- Université de Toulouse II) traite de l’organisation et de la coordination du projet. Il s’agissait de standardiser le matériel et de normaliser les pratiques pour une indispensable uniformité des opérations et une coordination des actes. Les conférences internationales et le Bulletin du Comité International sont là pour une bonne circulation de l’information, mais aussi pour …apaiser les tensions entre observateurs aux pratiques individuelles très typées.

3-Avec Françoise Le Guet TULLY (Observatoire de Nice), Jérôme DE LA NOE (CNRS-Université de Bordeaux), Hamid SASSSOUD (Centre de Recherche-Alger), c’est le contexte institutionnel dans lequel le projet prend forme dans les années 1880. Faisant suite au II Empire et la forte emprise de Le Verrier sur l’Observatoire de Paris, la III République réorganise la recherche astronomique en France, avec entre autre, une nouvelle instrumentation, sous l’impulsion de Maurice Loewy. Vaste panorama où la décentralisation permet d’accroître les potentialités en matériel des observatoires provinciaux de Marseille-Longchamp (63) et Toulouse-Jolimont (78), tout en redonnant ses prérogatives au BDL. Un décret de 78 conduit à la création d’observatoires à Besançon (Chronométrie-85), Lyon-St Genis (Météorologie-79) et Bordeaux (Spectrométrie-92) et de leur équipement, non sans le concours de mécènes tels R.Bischoffsheim ou A de Rothschild. A Alger-Bouzaréah, la station astronomique devient observatoire avec Ch.Trépieds, et chacun devient partie prenante de ce projet de la CDC Mouchez/Loewy, avec plus ou moins de motivation, et où brillent les noms de J.Simon, Stephan, G.Rayet, B.Baillaud, L.Foucault, Ch.André.

4-Arnaud SAINT-MARTIN (Université Paris-Sorbonne), s’interroge sur l’implication des astronomes français au projet Mouchez et aux investissements qui y ont été consacrés. La CDC malgré son caractère international, est-t-elle la cause du retard pris par la France entre 1918 et 1940 en astrophysique ? (Ch.Fehrenbach). Ne faut-il pas aussi mettre en cause les tensions liées à la centralisation des institutions et le manque de liens avec les autres disciplines ?

5-Charlotte BIGG (Max Planck Institut-Berlin), retrace les aléas du projet depuis l’observatoire de Potsdam. Malgré un enthousiasme initial de son directeur Vogel, la limitation des ressources impose aux astronomes de restreindre le champ d’activité à ce qui faisait déjà leur réputation : la spectrométrie stellaire plus prometteuse en découvertes de premier plan.

6-Alain Fresneau (Observatoire de Strasbourg), détaille l’exploitation des plaques argentiques de la CDC pour la détection de matière interstellaire, l’étude de l’évolution des amas à partir des diagrammes HR faisant intervenir couleur et magnitudes des étoiles, ou encore la détection de variables par la technique des triples poses.

7-Emmanuel DAVOUST (O.M.P, Toulouse), expose la méthode de magnitudes apparentes stellaires suite à une numérisation des plaques de la CDC à partir d’un scanner. Les objets détectés par le logiciel permettent d’établir des relations entre densité photométrique mesurée et magnitude avec le secret espoir de déborder sur les étoiles variables (SAO 123 099-Etoile de Barnard).

8-Bilan collectif : En chemin, la nuit s’est cassée, du chant des étoiles qui tournaient à l’envers. Le projet Mouchez de 1880, autour de la carte du ciel, s’appuie sur une volonté politique de valoriser la culture scientifique et technique. Il apparaît que la trop grande multiplicité des enjeux ainsi que les problèmes d’organisation trop rigides, s’harmonisent difficilement avec l’uniformisation des techniques communes et le cadre trop restrictif du projet astrométrique. Les espaces de dialogues (conférences, bulletin) n’ont pas suffit pour éviter la déstabilisation et l’enlisement définitif du projet (1970) CDC, face à d’autres techniques de l’astrophysique plus prometteuses dans le domaine des connaissances et de la cosmologie naissante. Fallait-il prendre le large sur les grands miroirs pour de nouveaux horizons fléchés d’arcs gravitationnels ? Nous retiendrons qu’il s’agit là d’une première tentative de mondialisation dans le domaine de la recherche scientifique et technique, dont le CERN représente à ce jour le meilleur exemple de réussite. Et s’il est vrai que la volonté de perfection vise à se rendre indépendant du temps, alors ce n’est plus avec les hommes qu’il faut entreprendre quand le ciel énorme éternue si longtemps.

Jacques Cazenove



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