Pseudosciences - Postmodernisme

dimanche 29 avril 2012

N°64- PSEUDOSCIENCES - POSTMODERNISME. Adversaires ou compagnons de route ? A.Sokal - O.Jacob - 09/05 - 224 pages - Tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Suite aux impostures intellectuelles (97), l’auteur s’attaque ici aux alliances suspectes entre pensée postmoderne (méfiance à l’égard de la science et sympathie à l’égard de l’irrationnel et du religieux) et les pseudosciences et dénonce les conséquences philosophiques, morales et politiques.

MOTS CLÉ : scepticisme radical, relativisme cognitif, instrumentalisme, vérité(s), impostures.

L’AUTEUR : Alan SOKAL est professeur de physique à l’université de New York.

C’est avec Bacon (1620 !) « L’homme croit de préférence ce qu’il désire être vrai » que Sokal nous met l’eau (sans mémoire) à la bouche dans ce débat où des gens qui se prétendent extrêmement sceptiques (les postmodernistes ou les relativistes) se retrouvent, au moins dans certaines circonstances des « compagnons de route » de pseudo scientifiques qui refusent les critères de rationalité, d’objectivité et d’universalité de la science.

La science d’abord, comprise comme entreprise intellectuelle visant à la compréhension rationnelle du monde où les théories provisoirement et incomplètement établies, dans des limites bien définies mais toujours plus élargies, soumises à l’expérience et bourgeonnantes de prédictions, restent ouvertes aux critiques d’une communauté internationale qui en accepte les règles de rigueur. 

« Les concepts de la physique sont de libres créations de l’esprit humain et ne sont pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, déterminés par le monde extérieur ».

Le postmodernisme est ce courant intellectuel caractérisé par un certain rejet de cette tradition de rigueur, et qui conduit à des élaborations théoriques sans support expérimental caractérisées par une méfiance vis-à-vis de la science et par un « relativisme cognitif » où les théories scientifiques sont comprises comme des constructions sociales parmi d’autres, la vérité étant l’ombre projetée d’un groupe social ou culturel, et où toutes les positions se valent ! Sokal se lance d’abord dans l’analyse du « toucher thérapeutique » (Dolorès Krieger 1970), technique de soins holistes pratiquée et enseignée dans la profession infirmière aux USA. Ensuite sur l’action des postmodernistes (gauchisant) en Inde à partir de la thèse de Meera Nanda (Déclaration sur la mentalité scientifique-1980) accusée d’offrir un terrain favorable aux nationalistes et postcoloniaux hindous pour qui les savoirs (supérieurs) locaux contenus dans les Védas, surclassent les savoirs (inférieurs) de la science rationnelle occidentale. On retrouve là l’idée dénoncée dans le livre, où science et pseudosciences sont présentées non seulement compatibles, mais fondamentalement identiques, ces dernières se contenant de « recycler les sagesses ancestrales ». Cette méfiance postmoderniste sert alors bien souvent de paravent à des recherches bâclées, à des interprétations douteuses où pointe le risque de revoir certaines idéologies intolérantes prendre le dessus sur l’universalisme de la méthode scientifique dont le rôle de filtre s’en trouve considérablement affaibli. En refusant à la science le statut de meilleur outil pour accéder aux connaissances et prétendre que les pseudosciences sont plus proches de cette vérité parce qu’elles possèdent un niveau supérieure (mystique) de justification, on crée la confusion entre savoir véritable et prétendu savoir. Les victimes participant délibérément à leur propre exploitation de ce qu’il faut bien considérer comme la plus grave intoxication intellectuelle de nos temps dits modernes. (50% de la population adulte croit à la perception extrasensorielle, 42% aux maisons hantées, 41% à la possession par le diable, 32% à la voyance, 28% à l’astrologie et 45% à l’exactitude littérale de création dans la Genèse…p114). C’est bien le détournement des idées validées par ces pseudosciences et de leur degré de validité que l’on doit dénoncer. « Jouer à la vérité », « faire du bricolage verbal » est évidemment plus confortable que de préparer son cerveau à la musique universelle de nos équations mathématiques. Et l’auteur d’insister sur le fait que notre science est une innovation culturelle récente (Galilée), qu’elle nous permet très souvent d’aller à l’encontre de nos penchants naturels (bon sens) pour nous offrir cette image toujours plus rigoureuse de l’univers dans lequel notre cerveau n’a émergé il y a seulement 5 à 6 millions d’années. Elle représente la voie (voix) de la raison pour surmonter cette tendance innée à prendre nos désirs pour des réalités, les pseudosciences étant par nature plus naturelles à notre anthropomorphisme viscéral. Sokal dénonce donc cette complicité qui tend à l’affaiblissement des fondements intellectuels et moraux de la pensée scientifique. Vérités et croyances, faits et valeurs, réalités et savoirs sur l’univers : toutes ces tentatives pour gommer les différends entre sciences et pseudoscience ne peuvent être comprises que comme un effort désespéré pour défendre l’irrationnel et les contextes sociopolitiques et religieux qui y sont intimement liés. Si « l’aspiration à la vérité est plus précieuse que l’assurance de sa possession », alors le code de ce « Trésor » de l’humanité rationaliste cher à Michel Serres reste bien : induction, déduction, expérimentation, prédiction. Et sa récompense est dans « la joie de la compréhension ».

« Il est difficile de dire ce qu’est la vérité, mais parfois si facile de reconnaître un mensonge » (24/10/53-Einstein)

Jacques Cazenove


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