La BOMBE et les HOMMES

mercredi 24 avril 2013

N°108 - LA BOMBE ET LES HOMMES.
A.Kroh - Belin pour la Science - 10/11 - 175 pages - Tout lecteur

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RÉSUMÉ : Plongée au cœur de l’aventure atomique et des risques à doter l’humanité de l’arme nucléaire. Du Projet Manhattan (1942), aux divers essais où chacun soigne sa bombe, l’auteur fait une analyse critique sévère de la conduite des états vis-à-vis des acteurs et des populations sur les retombées radio-induites et leurs dédommagements.

MOTS CLÉ : taire, aveux, rapports, intérêts.

L’AUTEUR : Aleksandra KROH est physicienne. Longtemps chercheuse à l’INSERM. Auteur entre autre de Petit traité de l’imposture scientifique (Belin-2009).

Sur la lancée du Petit traité de l’imposture scientifique (Belin/2009), l’auteur passe au peigne fin les dessous du dossier relatif à l’aventure de l’arme nucléaire. Il débute avec le projet Manhattan (1942) où des grands noms de la physique y sont associés (Szilard/Einstein/Oppenheimer). Les dés sont déjà pipés, puisqu’ils présupposent l’existence d’un vrai-faux état de recherche sur la bombe chez les nazis. Les diverses étapes du projet, finement analysées (chap.1), conduisent à lâcher le gadget sur Hiroshima (06/08/45/8h15-70.000 morts) puis Fat Man (08/08/45-40.000 morts) sur Nagasaki, point d’orgue de la seconde guerre mondiale et ses 60 millions de morts, vengeant du même coup Pearl Harbour (07/12/41-2400 morts). Ces mêmes grands tentent bien d’arrêter la machine (appels, pétitions) ; mais en vain, ce que nous avons fait de mieux était un piège inévitable. C’est terrible ce que nous avons fait-là ! D’autant que 40 ans plus tard (1985), le gouvernement japonais refusait de prendre en charge les hibakusha (personnes affectées par l’explosion), partant du principe que ce n’était pas à lui de réparer un crime commis par d’autres…

Chacun veut sa bombe (chap.2). Objectif : défendre le monde libre, sans pour autant libérer la mentalité de l’homme de ses archaïsmes où un retour à l’âge de la pierre et du bâton semble pointer à l’horizon pour certains (Einstein). C’est la guerre froide (USA/URSS) qui pèse sur les affaires du monde où il s’agit surtout de faire peur aux voisins. Royaume Uni, France (CEA/45-Bombe/60), puis Chine (64), Inde (74), Pakistan (98), Corée du Nord (06), Israël ?), trouvent bien quelques coins-coins reculés de Terre pour faire pousser de drôles de champignons. La crise cubaine a failli faire son nid à un 3° conflit mondial où chacun de ces bidules auraient pu rayer de la carte de nombreux paysages. Heureusement on se con-tenta de films tels Docteur Folamour (Stanley Kubrick), sans pour OTAN que plus de 2000 essais furent (officiellement) enregistrés depuis 45 et dont l’auteur ne se prive pas d’en faire le triste inventaire. (Bikini, Nevada, Nouvelle-Zemble, Réggane, Mururoa…).

Étudier dans les détails, documents et témoignages à l’appui (chap.3), les dommages émergents d’une prise de risque est tâche complexe impliquant analyse de données sur l’utilisation de techniques nouvelles (modélisation, optimisation, simulation). Il s’agit bien d’une démarche scientifique concernant l’effet cumulatif de la nocivité de la radioactivité sur l’organisme, où des défaillances (humaine, matériel, organisation) peuvent conduire à des accidents graves. Les présenter comme anodins, les camoufler ou les répertorier secret défense relève d’une forme d’incompétence, d’autant que souvent il s’agissait de non-respect de règles de sécurité, de désinvolture des autorités ou de cynisme de certains scientifiques ! Avons-nous là aussi compris les leçons ? Évoquer les dessous de l’opération Crossroad (Bikini/46), le test de Castel Bravo (USA/54), l’accident Béryl (France/62), les bilans de Lob Nor (Chine), du Kazakhstan (URSS), du Nevada, du Pacifique (USA), du Sahara ou de la Polynésie (France), donne tout son poids aux symptômes du mal des rayons et froid dans le dos. Se détruire pour ne pas savoir détruire ce qui gène.

Certains rapports (Ph.Million/66), certaines organisations pacifistes (CDRPC/B.Barrillot/90), des articles de presse ou émissions télévisées récentes (Arte/Mururoa, le grand secret/M.Daeron/93- Fl de Vathaire/05) dénoncent pareils comportements conduisant à une perte de confiance des responsables politiques et militaires (Chap.4). A cela s’ajoute la non reconnaissance des dommages et effets pathogènes des essais, imposés au personnel impliqué, aux populations ou à celui de cobayes humains. Sur le détail de quelques cas précis (Cooper/76, Lecullée/01, Parfait), on mesurera la difficulté du citoyen à faire reconnaître ses droits face à ces états négationnistes (M.Verger). C’est vous la femme de l’irradié ? Peu soucieux de leurs responsabilités face aux corrélations significatives entre essais nucléaires et cancers radio-induits ou séquelles génétiques parmi les vétérans, la création de l’AVEN (Association des Vétérans des Essais Nucléaires) saura-t-elle libérer la parole et les actes après plus d’un demi siècle de mensonges comme incidents de l’esprit ?

Si la science a su répondre à la question : les essais nucléaires ont-ils produits des effets biologistes néfastes ? Ce n’est pas à elle à se prononcer à l’autre question : Que faire alors ? Est-ce à dire que l’éthique, l’économie et la politique ne sont pas sur la même pente que celle qui donne saveur et charme à toute notre aventure ?

Jacques CAZENOVE - 12/12/11



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