Le diable, l’astronome et la naine rouge

mardi 22 mai 2012
par  Jacques

N°40- LE DIABLE, L’ASTRONOME ET LA NAINE ROUGE.
Cl.Bertout - S.Lucide - Le Pommier - 05/09 - 480 pages - Tout lecteur

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RÉSUMÉ : Roman d’aventures où une intrigue délirante trouve son fond de ciel dans la recherche d’exoplanètes du type Terre où un richissime détraqué souhaiterait s’y téléporter afin d’y soumettre d’éventuelles âmes vierges !
MOTS CLÉ : exoplanètes, naines rouges, téléportation, aventures.

LES AUTEURS : Claude BERTOUT est directeur de l’observatoire de Grenoble, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des formations stellaires et planétaires (IAP). Sophie LUCIDE est écrivain.

Autant l’annoncer de suite : il s’agit d’une aventure romanesque où le lecteur avide de culture scientifique et technique ne trouvera matière à connaissance que dans la surprenante curiosité de certains personnages égarés (mal garés), dans un scénario rocambolesque. Détecter les étoiles les plus proches de la notre : c’est ce que Wilhelm Gliese entreprit d’effectuer une bonne partie de sa vie en usant de l’effet de perspective (parallaxe) sur fond de voûte étoilée. G1 581 est la 581° dans son catalogue et c’est une naine rouge, plus petite et plus froide que le soleil, et nichée dans la constellation de la Balance. La planète en rotation autour d’une étoile perturbant d’autant plus son mouvement que sa masse sera faible, voilà offerte la possibilité de détecter des planètes du type Terre par la méthode des suisses. (mesure de vitesses radiales- Major/Queloz).

On reconnaît dans ces détails croustillants la griffe de Claude Bertout, la rigueur avec laquelle les diverses techniques sont rappelées au lecteur sur les différentes méthodes de détection d’exoplanètes. Au besoin, on ne manquera pas de rouvrir « naissance et évolution des systèmes planétaires » (Prix du livre d’astronomie 2004) et dont on peut comprendre sa contribution à cet ouvrage, comme une simple et nécessaire mise à jour. Le lecteur scientifique, et astronome de surcroît, trouvera bien d’autres informations de qualité sur cette recherche, et sur les observatoires concernés (Observatoire de Paris, OHP, ESO) qui y consacrent une partie de leur temps et de leur budget.

Le Concept délicat, pour ne pas dire contreversé, de zone dite habitable, définie autour de la notion d’eau liquide et d’atmosphère, fournit à Sophie Lucide le prétexte, année de l’astronomie oblige, de construire un scénario que chacun appréciera bien sûr, autour d’un personnage loufoque (Zénob Micktichian) actionnaire principal de Science Movies and Boocks, d’une fondation caritative et d’un consortium multinational New Energy, Justement, téléporter sur une planète type Terre des âmes pures, vierges, afin de les manipuler à volonté, tel est l’objectif de Mick-Q.Transport…., l’astronome otage étant mis à contribution pour les décisions à prendre, quant au choix de la cible : G1 581d planète de 7 masses terrestres, orbitant en 13 jours autour de G1 581, à 20 années lumières, et située précisément dans la zone habitable (découverte en 2007). On se souvient que la téléportation quantique consiste à faire transiter de l’information d’un état quantique, d’un point à un autre (2004), et qu’une de ses finalités est la cryptographie (transmission de données absolument sécurisée). Bien d’autres personnages gravitent autour pour donner tout son piment à cette intrigue évoluant dans un espace-temps où la matière-énergie n’est pas cause de sa courbure, et dont certain ne manqueront pas (peut-être) d’opérer un rapprochement avec le Da Vinci Code !

Finalement le débat qui émerge est celui de la diffusion des connaissances face à un public qui semble bouder la culture scientifique et technique. Si l’utilité est ce qui résiste, faut-il alors profiter des congés en-soleillés, d’une mise en veille de certains témoins de vol, pour promouvoir les défis lancés par la recherche (exoplanètes, matière, énergie sombre) sont en mesure de modifier fondamentalement notre vision de l’univers, par le biais de romans centrés sur ces thèmes ? S’agit-il de décrire des possibles pour le moins exotiques, en marges des réalités fussent-elles suspendues ? Ou comme le dit P.Valéry de prendre pour aliments, ce qui n’est qu’excitant ? Où vont les exigences d’une harmonie où la quête de l’inaccessible étoile tranquille s’évite justement ces chemins de travers, ces fausses pistes truffées de ces gourous croqueurs de liberté de panser ?

Étrangement embarrassé de proposer aux lecteurs du BUP une analyse, j’avoue préférer le choix de Jean Pierre Luminet de s’associer avec Élisa Brune pour causer sur le même thème, sous le même chapiteau, (Bonne nouvelles des étoiles-O.Jacob-2009), même si le côté fantaisiste cultivé de cet ouvrage n’est pas sans présenter quelques charmes qui s’accusent, tout entier contenus dans le titre de l’ouvrage : le diable, l’astronome et la naine rouge.

En citant Primo Lévi, les auteurs nous avaient pourtant éclairés :

On pourrait bien sûr utiliser le svelte et élégant langage des nombres, l’alphabet des puissances de dix, mais alors cette histoire ne serait pas une histoire comme elle entend l’être, une fable qui éveille des échos et dans laquelle chacun de nous peut percevoir des réflexions lointaines de lui-même et l’espèce humaine.

On pourra aussi se rassurer en se souvenant de ce brave Jules Verne qui avait su si bien sortir les hommes de son temps d’une certaine obscurité en leur offrant quelques éclaircissements. Souhaitons donc bonne chance à cet ouvrage, petit frère sur l’étagère du Jules Verne, la science et l’homme de Michel Serre. (Le Pommier-2003).

Jacques Cazenove



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