La nouvelle conquête spatiale

jeudi 24 mai 2012

N°27- LA NOUVELLE CONQUÊTE SPATIALE.
Alain Dupas - O.Jacob - 04/10 - 338 pages - tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Analyse minutieusement détaillée de tous ce qui concerne l’espace tant dans le domaine militaire que commercial. Le rôle moteur joué par la guerre froide dans la concurrence des deux blocs, puis celui joué par l’Europe actuellement et par les pays émergents dans un proche avenir y est finement décortiqué.

MOTS CLÉ : exploration, espace, stratégies, défis.

L’AUTEUR : Alain DUPAS, maître de conférence à Paris XI/Orsay, et expert dans les domaines des politiques, des technologies, des programmes aérospatiaux et sur les stratégies en matière de défense et d’information.

Vaste dossier sur l’aventure spatiale, dont les compétences de l’auteur nous ne permettront que d’effleurer ici l’ensemble des thèmes développés au cours des 7 chapitres, illustrés d’histogrammes, de camemberts ou autres schémas techniques.

La complexité du monde réel est inimaginable sans le concours des moyens spatiaux, que ce soit dans le domaine de la circulation l’information, de la surveillance de la planète en termes d’environnement ou militaire, de navigation et de météorologie. Les nouveaux défis doivent s’intégrer dans les processus de globalisation et de coordination internationale où des principes tels celui de juste retour sont difficilement compatibles avec les règles de concurrence ou d’éthiques basées sur vendre ou donner le libre accès aux données.

En toile de fond de ces activités spatiales, plane l’ombre d’un géant dont l’objectif, clairement affiché, est celui de la domination sans partage de l’espace et de ses applications militaires. La guerre des étoiles étant comprise comme la (dernière ?) bataille virtuelle de cette guerre froide qui a vu les 2 grands USA/URSS s’affronter sur le terrain de la technologie spatiale. La première guerre du golfe (91) a clairement démontré que le nouvel ordre international passait par la maîtrise des renseignements (bons ou mauvais !). L’Europe de la défense n’est pas encore une réalité et les questions en suspend portent sur l’espace comme terrain d’affrontement et comme poubelle céleste (dix milles objets>10cm !). La mise en place d’un Space Control made in USA est centré sur 4 objectifs : protection, surveillance, prévention et négation. Jusqu’à quand cette dominance américaine ? Le concept de dissuasion peut-il s’appliquer à l’espace ?

L’espace est dans l’imaginaire de l’homme depuis longtemps, et constitue à ce jour émerveillement et valeur culturelle, même si la valeur ajoutée de sa présence dans l’espace n’est pas démontrée. Quel est l’objectif humain à donner aux missions des astronautes (civils, militaires ?) qui sont aussi des géonautes*, si ce n’est de singer la conquête de l’ouest sur cette frontière d’en haut, avec les ombres qui encombrent. Les projets portent sur des stations orbitales qu’il faut ravitailler (navettes, capsules ?) dont les stratégies, les réalisations et les finalités, imposent une coopération internationale avec prise en charge des risques. (Challenger/86 –Columbia/03). L’exploitation de ISS est prévue jusqu’en 2020, le projet Constellation de retour sur la Lune, le survol d’astéroïdes et bien sûr l’exploration de Mars où les points de Lagrange pourraient jouer le rôle de détroits stratégiques. Alors, quête ou conquête* ?

Et l’Europe dans tout ça ? Avec sa situation inespérée de numéro 2 mondial, sa réussite dans le domaine de la recherche et de la technologie repose sur 3 organismes (CERN, ESA, ESO), dont le financement intergouvernemental (au prorata des richesses nationales) échappe ainsi au strict cadre communautaire. A ce statut nous devons l’européanisation massive du secteur spatial où la notion de compétition industrielle ouverte s’accorde mal avec le principe du juste retour. C’est avec Pierre Auger, fondateur du CERN et de l’ESRO et premier président d’un CNES qui reste depuis son origine (1962) la plus importante agence spatiale européenne. Elle a réussi le transfert à des filiales de droit privé, telles Spot Image ou Arianespace, qui contrôlent depuis 20 ans la moitié du marché spatial commercial. Les compétences élargies de l’Union Européenne jouent un rôle clé dans les programmes Galiléo (système de navigation) et GMES (surveillance de l’environnement). Un nouvel élan politique s’impose pour les suites à donner à l’exploration des vols habités (Colombus+ATV) et s’offrir les outils d’une politique commune spatiale de sécurité et de défense.

Qu’en est-il des autres pays pour l’horizon 2050 ? Le concept de BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) donne une certaine réalité à ces pays auxquels il faut ajouter le Japon et Israël bien présents, même si leurs objectifs sont différents. La Russie restera en 2011 la seule capable d’alimenter ISS, et la Chine sera certainement la prochaine puissance à fouler le sol lunaire vers 2025 ! Quant à l’Inde spatiale, préoccupée par des priorités touchant ses problèmes de santé, de sécurité et d’éducation, elle pourrait devenir un concurrent sérieux pour l’Europe en matière d’applications pratiques.

Qu’en est-il des finalités ? Explorer et exploiter les richesses de l’espace c’est répondre à certains besoins humains qui couvrent tant l’énergétique et l’industrialisation autour du vide et de la microgravité, que le tourisme spatial, avec cet arrière goût d’une catastrophe cosmique globale où seule une surveillance efficace permettrait de réagir.

Une migration vers l’espace est-elle possible ? Le système Terre-Lune semble unique en son genre avec cette stabilité permettant à une diversité étonnante d’espèces d’y cohabiter. Les humains ont bien du mal d’y maintenir ces écosystèmes et seule la proche banlieue, permet d’envisager l’installation de plates-formes spatiales avec le risque qu’elles ne singent celles posées en mer et qui pompent, qui pompent…La technologie se devra de résoudre le problème liés aux distances à parcourir et aux durées associées. Saura-t-elle modifier nos mentalités de sauriens qui nous chantent que l’argent n’a pas d’odeur, mais que pas d’odeur nous monte au nez.

Pour conclure sur cette analyse menée par un grand spécialiste, est-il convenable de revenir sur les motivations primordiales mais essentielles de dominations guerrières, et se réjouit de savoir qu’il ne s’agit finalement que de l’activation moderne de notre cerveau archaïque ! Il se peut alors que l’histoire humaine ne soit que l’effet d’une crise de croissance où le nouveau est ce qui répond à un désir ancien ?

* de Michel Lefèbvre.

Jacques Cazenove



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