Le vivant décodé

samedi 19 mai 2012
par  Jacques

N°56- LE VIVANT DÉCODÉ- Quelle nouvelle définition donner à la vie ?
Jean Nicolas Tournier - EDP Sciences - 10/05 - 212 pages - Tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Réflexions intégratives sur la logique du vivant et les questions éthiques posées par les biotechnologies. Quelle définition donner à la vie pour éclairer notre devenir ?

MOTS CLÉ : dualité, contingence, éthique, cellules, vie.

L’AUTEUR : Jean Nicolas Tournier est chercheur au centre de Recherche des Services de Santé des Armées (Grenoble). Spécialiste en immunologie.

Il s’agit d’approcher la vie par une vision duale la plus intégrative possible dans l’esprit de la « logique du vivant » (François Jacob), comprise comme « un don supplémentaire qui s’ajoute aux éléments matériels reçus de la nature » (Serres-Farouki). Approche complémentaire et synthétique sur la dualité entre un système biologique centré sur la cellule (ch.2) et les quatre principes de la thermodynamique des systèmes ouverts, auto entretenus hors équilibre (ch.3). C’est avec un physicien quantique, Edwin Schrödinger, que la physique pénètre le vivant avec le concept de néguentropie, suivant en cela les traces d’un autre physicien Ludwig Boltzmann soucieux lui aussi de trouver un remède à l’irréversibilité macroscopique observée. Mais c’est bien avec Ilya Progogine et Isabelle Stengers (1945) que sont jetées les bases de cette thermodynamique des systèmes non linéaires où l’augmentation d’entropie est dérivée par le système pour la création d’ordre. S’appuyant sur les « tourbillons de Bénard » (1900), l’auteur met en avant les 3 caractéristiques des systèmes dissipatifs : corrélations à longues portées entre molécules, rupture de symétrie et apparition de points de bifurcation induisant des choix multiples, aléatoires, non prédictibles. Les propriétés des systèmes hors de l’équilibre étant inscrites dans les lois fondamentales de la matière, les systèmes biologiques s’expriment désormais dans le monde des sciences. La rupture de symétrie à chaque point de transition impose une flèche au temps, et à la bio-logie l’historicité qui justifie sa dynamique et dont la complexité des systèmes (cellules) conduit à l’émergence de propriétés conduisant au vivant.

Mais qu’elle définition proposer pour le vivant permettant d’accéder à tous les problèmes éthiques posés par ces nouvelles techno-bio-logies ? Au centre du débat (ch-4) : la cellule, système auto-entretenu hors de l’équilibre thermodynamique, conformément à son programme génétique. Ses capacités adaptatives, sélectionnés dans le calendrier de l’évolution, lui permettent d’optimiser sa survie.

La mort étant comprise comme le retour à l’équilibre thermodynamique où l’entropie redevient maximale. La prise en compte de cette dimension temporelle, ce « temps profond », donne toute leur cohérence aux concepts de mutations, sélection et d’évolution du vivant. (ch.5) et l’auteur de rendre hommage à tous ces grands précurseurs que furent Malthus (1798), Lamarck (1801), Darwin (1859), Mendel (1865). Avec Morgan et sa drosophile, puis avec Muller c’est le brassage des gènes introduits par Johannsen et leurs expressions différentes (allèles) dans le phénotype. Avec Fischer (1922), puis Mayr (1942), la théorie des populations (ch.6) permet une synthèse entre théorie de l’évolution et génétique moderne. Les différents moteurs spatiaux temporels y trouvent leur cohérence au sein de cette formidable machinerie où le bricolage n’est que la mesure de la plasticité étonnante des gènes morphogénétiques. Mais face à l’unicité du phénomène, demeure le problème crucial de l’émergence du vivant et du franchissement de ce « mur du son » qui sépare le prébiotique du vivant. (ch.7). Au cœur du problème téléologique : « les mécanisme de découplage entre la fonction génome et enzyme des premières molécules génomiques primitives. ». On retrouve une hypothèse intéressante, déjà évoquée dans l’ouvrage « la nécessité du hasard » (A.Pavé), avec des systèmes auto-entretenus, hors équilibre, conduits à adopter une démarche chaotique de brassage génétique, inducteur de complexité et d’originalité, en vue d’optimiser leurs interactions avec l’extérieur.

Toutes ces connaissances permettent d’insérer le vivant dans une bio-logique centrée sur la thermodynamique et d’extirper définitivement le démon finaliste : la vie ne fait pas exception aux science dures. Elles offrent aussi « matière à penser » sur les nécessités de la techno-logique (Clonages, transfert nucléaire, O.G.M) et les problèmes éthiques qui y sont associés (ch.8 à 10).

« Les problèmes soulevés par l’appropriation du vivant procèdent des incertitudes liées à la définition de celui-ci …l’amélioration du bien commun, censé être le but de la recherche scientifique, se trouve détournée et limitée. »

Tel Sisyphe avec son caillou, c’est dans ce besoin de co-naître et « de prendre toute la dimension de sa contingence humaine », qu’il faudra nous imaginer heureux. A moins qu’il ne faille suivre Michel Serres (Rameaux) dans l’interminable processus d’hominisation où « nous cessons de définir l’homme, nous l’adoptons. Décidément, nous le fabriquons ».

Jacques Cazenove



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