La constante macabre

dimanche 20 mai 2012

N°50- LA CONSTANTE MACABRE OU COMMENT A-T-ON DÉCOURAGÉ DES GÉNÉRATIONS D’ÉLÈVES ?
André Antibi - Math’Adore - 09/03 & 07/07 - 2 ouvrages de 160p - Tout enseignant - Tout niveau

Edition de juillet 2007 Édition de septembre 2003

RÉSUMÉ : Autour d’un des dysfonctionnements de notre enseignement centré sur l’évaluation du travail de nos élèves et conduisant à la constante macabre (nécessité d’avoir 1/3 des jeunes en situation d’échec), l’auteur propose un système d’Evaluation Par Contrat de Confiance (EPCC).

MOTS CLÉ : apprentissage, sélection, confiance, motivation, travail, valorisation.

L’AUTEUR : André Antibi est professeur de mathématiques à l’Université Paul Sabatier (Toulouse) et à Sup. Aéro. Il est chercheur en sciences de l’éducation.

Sous la pression de la société, et totalement impliqués dans le système, les enseignants s’imposent (inconsciemment ?) de mettre un certain pourcentage de mauvaises notes pour crédibiliser leur évaluation destinée à une nécessaire sélection dans notre système éducatif. C’est ce pourcentage (quelque 33%) de mauvaises notes que l’auteur appelle constante macabre (CM). Il place les élèves les « moins bons » de la classe en situation d’échec, même si un certain travail a été fait et compris, avec pour conséquences une détérioration du climat de confiance entre profs et élèves, une perte de confiance en soi et de motivation de l’élève, un mal-être à l’école et beaucoup de stress au niveau familial. Echapper au mauvais tiers devient l’obsession de ces jeunes en mal d’encouragements.

Le lecteur se reconnaîtra, amusé (?) de suivre l’analyse conduisant chacun d’entre nous à l’établissement de cette CM, dans notre façon de traiter la partie évaluation de nos jeunes, afin obtenir des notes « normales », harmonieusement étalées pardi ! Sujet trop bien équilibré, jamais trop long et toujours facile, couvrant honnêtement le programme, doté d’un judicieux et généreux barème ; enfin un beau sujet faisant surtout plaisir à son auteur plus qu’à ses élèves ! Mais pourtant, tout y est pour qu’émerge la CM.

Cette double casquette de formateur (avant tout) et d’évaluateur, conduit à un abus de pouvoir, à la fois sur les jeunes que nous devons accompagner (pédagogue) dans leur apprentissage, mais aussi devant un conseil de classe où certaines habitudes néfastes nous transforment en sélectionneurs obligés. L’intérêt de la réflexion proposée par André Antibi est bien là. Nous ouvrir les yeux face à ces attitudes préfabriquées, pourtant parfois voulues, mûrement réfléchies (!), et qui pourtant conduisent à cette déplorable confusion entre apprentissage-formation et évaluation-sélection.

Nous laissons le lecteur face à ce terrible miroir, le besoin de se reconnaître avant d’ouvrir la fenêtre sur le décor planté pour l’auteur avec son système « d’évaluation par contrat de confiance » (EPCC) destiné à « supprimer l’échec scolaire artificiel résultant de la CM et non pas à la promotion d’un système d’évaluation miracle ». L’essentiel de la proposition porte sur l’apprentissage des méthodes.

Elle se veut, facile à mettre en place, sans moyens supplémentaires et sans changements de programmes. Elle repose sur 3 étapes :

  1. Annonce du programme de contrôle,
  2. Scéance de questions réponses pré-contrôle,
  3. Contenu (longueur) et
  4. correction (rédaction) du contrôle.

L’idée forte est donc de préparer avec les élèves une évaluation dont le contenu a été préalablement fixé. On évitera par exemple les « petites » variations créant ce « décalage » néfaste entre le plaisir du prof satisfait de son sujet et celui de l’élève qui ne s’y reconnaît pas. Et l’auteur d’apporter des témoignages à divers niveaux, sur l’amélioration de la qualité du travail et des notes, de l’ambiance dans la classe et la motivation des jeunes. Plus en confiance parce que valorisés, ils évacuent cette situation d’échec, reprennent le goût d’apprendre en gérant au mieux les difficultés. Mais il faut rester lucide, cette phase d’évaluation, tout aussi critique soit elle, ne représente qu’une petite partie (1/15 en durée scolaire) devant la phase d’apprentissage (14/15) où bien sûr l’essentiel du travail de réflexion sur de nouveaux problèmes est fait. C’est bien là que doivent éclater au grand jour les qualités essentielles du pédagogue, grand maître dans sa classe, avec des connaissances à faire partager, au mieux un enthousiasme à transmettre, toujours attentif et prêt au débat où respect et irrespect y revendiquent ce délicat équilibre. C’est bien là qu’on apprend à apprendre, qu’on fait chanter les équations, réveillant le doute sur les hypothèses formulées. « Ce qui caractérise les bons scientifiques, c’est que, quoi qu’ils fassent, ils ne sont pas aussi sûr d’eux que la plupart des autres » (R.Feynman)

D’autres paramètres peuvent aussi intervenir dans la compréhension du problème posé par l’éradication de la CM. Que dire sur la nécessaire complémentarité de parents, devenus plus exigeants, mais contaminés eux aussi par la CM, et qui ajoutent parfois une trop forte pression sur leur rejeton, alors que des encouragements iraient dans le sens d’une plus grande confiance en soi, d’une souhaitable décontraction dans l’apprentissage face à l’évaluation nécessaire.

Usant depuis quelques années des idées essentielles d’André Antibi centrées sur un contrat de confiance élargi avec les jeunes, j’ajouterai qu’une moyenne peut-être le résultat de plusieurs types de travaux dont certains seront mieux adaptés à tel type de comportement. Le devoirs types conviennent à ceux bien adaptés au système en place. Nous savons qu’ils peuvent être source de CM. Mais il peut y avoir des compte-rendu de travaux en groupes (TP par exemple), des dossiers sur un thème, soit en complément de cours, soit de leur choix (type TPE) et qui correspondront mieux à d’autres, permettant à d’autres qualités d’émerger pour notre plus grande joie, et à certains parents de s’y investir auprès de leurs enfants. Animateur d’un Club Astro et d’un Atelier Science pendant 25 ans, j’ai pu découvrir certains de mes élèves et les voir « s’éclater » dans le cadre d’exposciences ou des Olympiades de la physique où ils furent valorisés par les prix attribués (de 1995 à 2001). Il y a aussi l’organisation de voyages pédagogiques autour de thèmes historiques (Galilée, science arabe) permettant de donner une autre vision de l’évolution de notre enseignement.

Les deux ouvrages en question témoignent de cette volonté de trouver un meilleur équilibre pour que l’école, le lycée devient un jardin (Epicure) où le plaisir d’apprendre soit partagé par le plus grand nombre de nos jeunes et qu’ils aient plaisir à en évoquer le chemin parcouru. Merci à André Antibi de nous proposer cette réflexion où chacun d’entre nous, après s’être reconnu dans les dérives observées, saura trouver matière à mieux apprivoiser ces petits princes avant qu’ils n’émergent dans ce monde des adultes pas toujours rose. « Le temps n’est-il pas venu d’autre autre leçon ». (George Steiner- Maîtres et disciples).

Jacques Cazenove



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