PLAIDOYER pour réconciler les SCIENCES & la CULTURE

jeudi 21 février 2013

N°93- Plaidoyer pour réconcilier les sciences et la culture.
Ouvrage collectif - Le Pommier - Universcience - 11/10 - 288 pages - Tout lecteur.
JPEG - 34.2 ko
RÉSUMÉ : Installer sciences & techniques dans le noyau des cellules culturelles, comme acte de confiance avec la société et la politique. Plaidoyer de 14 intervenants aux 4 vents sur la diffusion et le partage des connaissances dans le système éducatif.

MOTS CLÉ : culture, science, éthique, société.

LES AUTEURS : Ouvrage collectif à l’initiative de Claudie Haigneré. M.Serres - E.Klein - J.P.Luminet - E.Lambin - N.Le Douarin - H.Korn - G.Dowek - J.P.Bourguigon - J.G. Ganascia - P.Léna - J.M.Levy-Leblond - E.Steigler - E.Morin.

Présidente d’Universcience, Claudie HAIGNERÉ, se veut de réinscrire les sciences dans notre culture commune, la question de l’éducation au centre du plaidoyer. Elle évoque dans l’introduction quelques pistes à gérer ces flux d’informations, en connaissance valorisantes, facteurs de construction de soi et de la société, de développement, d’autonomie et de responsabilité. Si la préface et la postface sont confiées à des philosophes (M.Serres/E.Morin), le dossier présente 4 tiroirs où se cachent, matière et univers, vivant, mathématiques et information, enfin, épistémologie et apprentissage. 2 ou 3 intervenants y tracent les contours de ce qu’est aujourd’hui la culture scientifique et technique, universelle et donc partageable.

E.Klein, évoquant cette science qui lime, décrypte l’évolution du concept de masse pour apprendre à penser autrement sur de nouveaux paysages. Celui de quantité de matière, avantageusement remplacé par celui d’interaction avec un champ scalaire résultant d’une brisure de symétrie. N’y a t il pas là motif d’hymne à la joie intellectuelle ? Avec la conquête de l’espace, J.P.Luminet insiste sur le voir autrement, et l’émergence d’une conscience écologiste de l’humanité, resserrant les liens entre science, technique et culture. Et de rappeler que nos connaissances actuelles ne portent que sur 5% du contenu matière-énergie de l’Univers ! Pour une gestion responsable de la complexité de notre écosystème, E.Lambin use de la métaphore du funambule sur son fil réajustant subtilement pour progresser. Promoteur d’une vision positive de l’avenir, d’un nouveau mode de développement responsable, il défend une co-évolution entre sociétés et environnement, où la science saurait conjuguer créativité et esthétique.

Avec la biologie du développement, Nicole le Douarin analyse les inférences entre culture et éthique, et d’espérer un pouvoir scientifique et technique s’exerçant avec l’assentiment d’une société correctement informée, à l’abri de réactions émotionnelles. H.Korn nous ouvre sur le champ (chant ?) des neurosciences et sciences cognitives qui analysent le fonctionnement du cerveau, les bases biologiques de notre façon de penser. Système informatif, complexe, auto-organisé, de 10⁺¹¹ neurones, où quelques 10⁺¹⁵ connections synaptiques gèrent des signaux électriques issus du transfert d’ions, autour du concept de potentiel d’action et dont l’imagerie numérique (tep, IRMf) commence à lever les voiles sur l’étonnante plasticité des cellules souches.

Avec G.Dowek c’est la déraisonnable efficacité des mathématiques à modéliser le réel, son formalisme si bien adapté aux lois de la physique, et ses concepts moteurs (symétries, groupes, invariants), qui sont discutés. Sont-elles pour autant langage pour toutes les sciences, algorithmique (biologie, linguistique), ou équationnelle (économie) ? Faut-il voir cette intrusion des mathématiques dans de nouveaux domaines, comme nouvelle alliance entre l’objet et le fantôme que l’on construit ? J.P.Bourguignon s’interroge sur rôle fondamental de l’art d’abstraire dans le développement des mathématiques avec la création de nouveaux concepts. L’usage généralisé des ordinateurs gérant des données considérables de systèmes complexes, crée du virtuel dont les pouvoirs prédictifs imposent méfiance et obligations. G.Ganascia prolonge cette réflexion sur ces expériences in silico où la confrontation réel/virtuel creuse de nouvelles perspectives. Centrées sur la transmission planétaire instantanée, le nouveau statut du savoir se doit de transiger avec la société et la politique.

P.Léna bricole sur la question ouverte qui est de réconcilier les jeunes avec l’aventure scientifique et technique. Son implication dans l’opération la main à la pâte où la formation de l’esprit prime sur son remplissage, vise à satisfaire ce besoin de savoir des jeunes et de partager ce langage commun, universel qui sait si bien s’ajuster au réel. Une science institutrice, source de développement social, où le rôle de l’enseignant est déterminant quand il offre à la curiosité de chacun ses ailes à s’échapper de l’école. Exposciences ? Olympiades de la physique ? J.M.Lévy-Leblond se frotte aux paradoxes (économique, social, épistémologique, culturel) pour témoigner de la crise actuelle entre science et société et cette confusion entre technique et économique. Le réel gouverné par le vrai, voilà le but. B.Stiegler bouscule les ambivalences de cette civilisation du numérique, les chances et les promesses offertes, les dangers sous-jacents. (Consumérisme, calculabilité, transindividuation).

M.Serres (préface) dans le contrat naturel dénonce notre façon de vivre comme s’il n’y avait pas ce tiers exclu, de nos politiques, qu’est le monde global. Notre culture sans monde, retrouve le monde par la science qui dit ce que le monde dit. Un message d’urgence s’inscrit dans le grand récit qui nous trimballe. E.Morin (postface) enfonce le clou :

Si la plupart des humains ne sentent que superficiellement et sporadiquement leur citoyenneté terrestre, la plupart des philosophes demeurent superbement ignorant de ce que les sciences disent du monde. Prisonniers d’une vision séparée des choses, l’humanité n’arrive pas à accoucher de l’Humanité, où l’éthique planétaire est une éthique de l’universel concret.


N’étions-nous pas déjà prévenus ? Le temps du monde fini commence. La paix d’aujourd’hui ne fait songer qu’à une sorte d’équilibre des faiblesses. (P.Valéry). Qu’avons-nous fait depuis ? Qu’allons-nous faire, sinon être le jouet de choses absentes.

Jacques CAZENOVE – 08/11/11



Agenda

<<

2021

 

<<

Avril

>>

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
   1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930