La Terre d’un CLIC

mercredi 30 mai 2012
par  Jacques

N°9- LA TERRE d’UN CLIC. Du bon usage des satellites.
Jacques Arnould - O.Jacob.Sciences - 08/10 - 210 pages - Tout lecteur.

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RÉSUMÉ : La Terre, village planétaire ou prison cosmique. Réflexion sur les pratiques d’observation et de surveillance depuis l’espace. Comment échapper tout à la fois aux déviances du voyeurisme ou du panoptique et à celles de l’ignorance mutuelle, sinon par une vigilante responsabilité permettant de saisir les opportunités de la globalisation.

MOTS CLÉ : imagerie, surveillance, globalisation, noosphère.

L’AUTEUR : Jacques ARNOULD : Docteur en histoire des sciences & des religions, chargé de mission au CNES (dimension éthique, sociale & culturelle des activités spatiales).

Qu’avons-nous décidé, qu’allons-nous décider de faire avec l’espace ? L’éthique est cette lueur qui sert à penser pour agir, en amont comme en aval, entre les ombres du Big Brother qui nous regarde et ce concept de noosphère centré sur l’émergence d’un principe de responsabilité des humains à l’égard des autres et de la planète. Prison cosmique ou bien cité planétaire ? L’orchestration sociale globalisante saura-t-elle construire cette identité, dans la diversité des flux ?

Dans le nouveau théâtre du monde (chap1), le lecteur se familiarise avec cette Terre domestiquée et livrée à domicile (Internet, Google Earth), à la disposition de tous. A moins d’être déjà blasé, cette vision planétaire qu’offrent les techniques spatiales (imagerie, informatique) bousculent nos références. Diversité, complexité et fragilité depuis l’espace défilent sur nos écrans de surveillance. Mais qui surveillera les surveillants ? Certes l’espace est ouvert, bien commun protégé par le principe de non appropriation, mais espace dual. Le voile du secret s’est-il relevé sur cet équilibre entre protection militaire et partage civil des savoirs et des données ? L’excès de secret et de surveillance croissante à tous niveaux (satellitaire, vidéo surveillance, cartes bancaires, téléphones portables…) ne porte-t-il pas ombrage à la démocratie et à la sphère privée ? Et pourtant, que de choses je n’aurai pas vues…

Quelle attitude juridique et morale choisir à l’égard des capacités et réalisations croissantes en matière de surveillance ?

S’échapper (chap2), en faisant des prisonniers leurs propres surveillants, incapable de savoir s’il est ou non surveillé ! Acteur de sa propre surveillance, observateur observé dans une société panoptique (qui est au regard, ce que l’encyclopédisme est au savoir), qui détermine son organisation et son architecture. Faut-il le regretter, s’en étonner, quand on évoque le principe d’utilité concernant le bien être et la sécurité de la communauté face aux diverses menaces réelles ou virtuelles ? Forme moderne de servitude volontaire centrée sur nos angoisses nos habitudes et nos ignorances, oubliant notre liberté justement acquise sur la maîtrise de la nature. A l’image d’Icare entraîné par cette pulsion de fuite, de vol, de voir et de savoir, l’homme découvre la planète, son berceau, sa prison. Tout à coup, par un mot d’imbécile, dans un miroir trivial, on se fait l’effet de ce que l’on est.

Et de remettre sur le métier (Chap3), ce concept de noosphère (Ed.Le Roy-1927) comme stade ultime de l’évolution de la biosphère dans son ensemble géochimique, tout incliné sur la notion de droit planétaire. Il s’agit de faire émerger une conscience collective de l’humanité capable de gérer la mémoire et le traitement des informations accessibles. Le principe de vigilance, tendu entre savoir, pouvoir et action, nous interdisant de dire que nous ne le savions pas ; honteux d’en savoir tant et d’agir si peu. Vigilance comme responsabilité des uns à l’égard des autres. Responsabilité de notre verticalité, au service d’une utopie comprise comme un rivage, ou comme un horizon, où la surveillance en quête d’idéologie méprisante, prendrait le t(r)ain d’une vigilance de devoir. Devoir de survie en détectant les menaces (environnement, climat…), et les évaluer sur la règle d’or de la compassion aux dires de l’auteur.

Ceux qui acceptent de perdre un peu de leur liberté pour gagner un peu de sécurité, ne méritent ni l’une, ni l’autre. Le prix de la liberté, c’est la vigilance éternelle. (Thomas Jefferson)

Deux annexes dont l’une, (la Terre est-elle vivante ?), fait référence à la théorie Gaïa de James Lovelock (1960) et qui replace la responsabilité de l’Homme face au système autorégulateur de la biosphère. L’autre fait un rapide survol des techniques satellitaires et des divers paramètres concernés (orbites, excentricité, résolution…).

Sans vouloir discréditer les qualités évidentes de l’ouvrage sur le bon usage des satellites , le lecteur physicien sera peut-être bousculé par les références nombreuses au discours religieux, qui, mieux que quiconque, a bien compris que la vraie vie est dans l’image fictive. Il y a bien plus dans la copie que dans l’original… Sur un autre terrain du discours scientifique, Georges Lemaître en nous confiant son histoire de l’univers, avait tracé le sillon, prenant toutes les précautions pour éviter les mélanges conceptuels disjoints. On pouvait tout aussi bien y inviter les poètes du même espace-temps, tout vivants dégrafés qu’ils sont eux aussi si mal accrochés sur leur ligne d’univers à jouer des mots pour nous offrir leurs images froissées. Le regard fut d’abord (et encore !) magique, puis esthétique, enfin économique. Il s’agit avant tout d’ordonner le visible, avec les idoles (encore !), puis l’art, enfin le visuel.

Jacques CAZENOVE



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