La science & Dieu

jeudi 24 mai 2012
par  Jacques

N°81- LA SCIENCE & DIEU. Entre croire & savoir - Véronique Le RU
Vuibert. Adapt-SNES - Collection Inflexions - 10/10 - 120 pages - Tout lecteur

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RÉSUMÉ : Plongée dans l’histoire des sciences, autour du principe d’objectivité, pour enquêter comment la science s’est construite et tenter ainsi de démêler son rapport avec dieu et l’usage des causes finales remises au goût du jour par certains.

MOTS CLÉ : objectivité, autonomie, idéologie, finalité.

L’AUTEUR : Véronique Le RU est agrégée de philosophie et maître de conférence à l’Université de Reims. Auteur de plusieurs ouvrages (CNRS, Vuibert, Vrin, Larousse)

La dédicace pose le centre du cercle : « pour notre lutte commune contre les ennemis de la laïcité et de la liberté de penser ». Le trou creusé est pour redonner tout son air au principe d’objectivité, pierre angulaire de la méthode scientifique, et qui exclu toute référence au raisonnement finaliste. L’histoire des sciences sera le fil conducteur et la cible visée, ceux qui cherchent, en idéologisant la science, à lui attribuer un caractère hypothétique, tout en érigeant leur discours idéologique au rang de science (Intelligent Design) ! L’édification de la science ne s’est pas faite sans résistance de la part des savants eux-mêmes, et la reconnaissance des droits séparés de la science et de la théologie témoigne de la difficulté à ne se contenter que du comment des choses, excluant le pourquoi (Postulat d’objectivité).

Avec la métaphore du livre de la nature écrit en langage mathématique, le formalisme s’inscrit comme un intermédiaire entre dieu et les hommes. En justifiant par ses lois l’harmonie du monde, elle se met au service de dieu, à l’image de Kepler le remerciant de lui avoir laissé voir la beauté de sa création. Galilée en posant les critères de scientificité, affirme le caractère autonome de la science (raison) sur la théologie (autorité), et l’historicité des lois dépendantes de techniques opérationnelles. Le critère de simplicité (choix de l’héliocentrisme), offre à la métaphysique de percer le tapis. Ne légiférant sur la nature en général, mais sur des phénomènes isolés où l’on sélectionne des variables susceptibles d’être mises en relation, le savant n’entre plus dans la pensée de dieu. Descartes défend l’indépendance de dieu (liberté totale) vis-à-vis de tout principe d’ordre et de toute mathématique qui en limiterait sa toute puissance, et pose le principe d’inertie et le postulat d’objectivité. C’est sur le terrain transcendantal des infinis non soumis au principe de contradiction qu’il se heurte à Pascal, lequel rate la découverte du calcul intégral. Penché sur le calcul différentiel, le dieu de Leibniz, en bon économe contraint au calcul, se doit de créer un monde en combinant les fins et les moyens où tout serait pour le mieux ! Cette perfection du monde centrée sur la première loi universelle de la gravitation, c’est pour Newton et sa philosophe naturelle, ouvrir les yeux sur dieu comme cause première. Il reconnaît que le principe de légalité (énonciation de lois) n’a plus besoin d’être fondé sur le principe de causalité : la loi en devenant opératoire ouvre la porte au positivisme. (Comte). Maupertuis énonce le principe de moindre action et lui confère un statut métaphysique en l’érigeant en preuve de l’existence divine. D’Alembert en moralisateur, clarifie la situation en élaguant des concepts, leur charge métaphysique obstacle à leur efficacité scientifique.

Les lois de la science deviennent œuvres humaines et non lois de la nature comprises comme décisions divines. Poincaré (Science & Hypothèse) reprend cette conception où la science ne nous fait pas connaître la nature des choses mais seulement des rapports entre les images que nous mettons à la place des choses. Avec le problème des 3 corps il montre que le déterminisme absolu est une fiction, lui conférant seulement un caractère local. On découvre la science comme une construction idéalisée de la nature, image formée par notre entendement et nos capacités limitées et qui tend à pointer ce qui est sujet à caution et non à refuser de le voir. Ce besoin de savoir à tous prix, ne doit pas occulter les principes métaphysiques sur lesquels elle s’appuie (économie, simplicité, uniformité, beauté, élégance…) sans oublier celui qui fonde cette science si efficace et qui décrète l’univers compréhensible, accessible, par la raison. Ce sont bien les contraintes qu’elle s’impose dans sa quête de vérité et d’unité, et son formalisme mathématique, qui font d’elle une voie autonome et indépendante de la théologie et de la métaphysique. Kant nous avait averti (Critique de la raison pure) que l’idée du monde était une construction de la raison, seulement pensable, mais non connaissable. Les idées de la raison ne sont-elles pas que des postulats qui servent à en réguler son usage pour proposer à l’ensemble de nos connaissances empiriques, une unité formelle ? A la science de progresser en s’abrégeant : minimum de propositions, maximum d’explications. Et puis il y a les autres, Bacon, Hume, Spinoza, Fontenelle, Bachelard….

Et de conclure cet intéressant dossier, sans contester à la foi et à la religion leurs domaines d’intervention sur le plan personnel, en affirmant que la science peut (et doit) se passer de dieu conçu comme cause totale, tout en reconnaissant certaines attaches métaphysiques. La science en quête d’unité est aussi dans l’homme et c’est de l’homme (neurosciences) dont il faut partir, pour que l’obscur agisse, pour que tout se montre. Tout voyage conduit au voyageur. (Conférence des oiseaux).

On l’a bien compris, le dieu égratigné est celui des philosophes, celui qui vit Newton chercher souvent sous de drôles de réverbères. Mais il y a aussi le vieux , le barbu, dans l’ombre d’Einstein, grand amateur de dés à découdre, celui que Buonarroti a épinglé à la fresque sur le papal plafond, la main pointant sa création toute nue, et qui met encore trop de monde à genoux ! D’utiles réflexions ont été récemment proposées, (P.Boyer- V.Stengers- R.Dawkins) pour apporter un démenti de nature scientifique sur sa réalité trop anthropomorphe. Le « je dois savoir » (Galilée-Brecht) se suffit à lui-même. Le « Je crois » attend ce « en quelque chose » ou ce « en quelqu’un(e) ». Il faut être deux pour croire ! A trois, c’est déjà l’hérésie et ses feux de la rampe. Sans religion, on se porte très bien (S.Hessel-Indinez-vous). Pardi !

Jacques CAZENOVE



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