L’astronomie des anciens

mardi 22 mai 2012

N°34- L’ASTRONOMIE DES ANCIENS.
Yaël Nazé - Belin pour la science - 04/09 - 222 pages - Tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Le propre de l’homme serait-il de bâtir des cosmogonies pour trouver des réponses convenables, quant à ses origines, sur toile de fond étoilée ? Bilan superbement illustré sur l’archéoastronomie et la compréhension des démarches ancestrales.

MOTS CLÉ : luminaires, mythes, mégalithes, cosmogonies, archéoastronomes.

L’AUTEUR : Yaël NAZE est astronome à l’institut d’astrophysique et de géophysique de Liège pour le FNRS.

Neufs chapitres répartis sur deux volets : le premier construit autour des histoires des anciens, l’autre sur le savoir des anciens. L’imagination est-elle plus importante que la connaissance ? De la crainte des ténèbres émergent les mythes autour des deux luminaires que sont les Soleil et la Lune, parfois accompagnés des étoiles. Créations divines ou produits de la volonté des hommes l’auteur, refusant le rôle de passeur, fait l’inventaire des légendes qui y sont associées. Au lecteur averti est confié le soin d’en dégager des structures propres à déceler une organisation logique conçue comme une propriété du réel à organiser. Quel ordre elles engendrent, comment elles fonctionnent, prend le pas sur la signification symbolique.

Le ciel profond impose une cosmogonie, où des dieux comblent les attentes de la pensée sauvage des diverses sociétés. Chacun y va de son imaginaire pour causer de la voie lactée, ou de certains alignements stellaires fortuits, pour projeter dans l’éternité les mystères qui entourent le quotidien. Saturé d’être, le cosmos est devenu hiérophanie où le sacré se montre. Avons-nous totalement abandonné cette démarche tout en prétendant avoir désacralisé notre univers ? Les canali de Schiaparelli (1920), devinrent effectifs à partir du moment où le cerveau décide d’aligner des points que ne le sont pas. Il y eut ensuite the face ramené par Vinking (1976)…

Avec l’acquisition de savoirs (2° partie), il s’agit d’observer pour expliquer et prédire en faisant appel à des modèles où la raison finit par s’imposer. L’astronomie se trouve alors au cœur du débat qui va conduire à la naissance d’une science où l’Occident ouvrit l’espace comme une fleur. Tel Petit Poucet égaré en forêt, c’est sur pierre qu’on met en mémoire depuis 300 siècles : mégalithes levés, alignés, parois gravées, os gravés. L’absence de traces écrites impose prudence vis-à-vis des conclusions à dégager. L’interprétation statistique prouve sans conteste l’orientation astronomique d’ensembles tels Stonehenge (-2900/-1500) ou Newgrange (-3200). L’une des plus anciennes cartes du ciel (Nébra/-3600) se trouve antérieure aux constructions pharaoniques.

En Égypte, l’astronomie était avant tout pratique ; nous en avons hérité la durée du jour (24h) et celle de l’année (365 J), construite sur 3 ensembles de 4 mois de 3 décades. Confions au lecteur attentif le soin d’en découvrir les détails vieux de 3100 ans, et où le lever héliaque de Sepedet (Sirius) sert de base, à l’instar de la crue du Nil qu’il annonce. Le zodiaque de Dendérah (-50), ainsi que la construction des temples et pyramides, témoignent de l’intérêt des égyptiens pour cette astronomie dépourvue de tout aspect théorique. Pas question de se pencher sur les humeurs de Râ ! Avec les premières écritures (cunéiformes), les Mésopotamiens nous livrent les plus anciens documents astronomiques (-650) où les constellations étaient groupées en chemins, avec un zodiaque (-2000) construit sur celui de la Lune. Les calculs de nature arithmétique, sur base sexagésimale, rendent compte au mieux des observations célestes (périodes, années, éclipses…) à partir de moyennes et de perturbations périodiques (zigzag, ou sauts discontinus), ouvrant la voie aux techniques actuelles ! Ne faut-il pas chercher les sources véritables sur les pentes himalayennes, en Inde, où l’on croisera aussi, mais plus tard, le zéro et la trigonométrie.

Avec la Chine, l’astronomie, véritable science appliquée et centrée sur la Polaire, se fait affaire d’état. L’observatoire royal (-3000) avait pour tâche l’élaboration du calendrier rythmant le travail des paysans. L’observation précise d’évènements inattendus, offre aux astronomes modernes la plus ancienne bibliothèque astronomique permettant de retrouver les cendres des lumières actuelles. (Comètes, météores, supernovae).

Avec les Grecs la géométrie fait son entrée dans l’élaboration de modèles spéculatifs (Anaximandre, Philolaos, Eudoxe, Ptolémée) et sur la mesure du monde (Eratosthène, Aristarque). Les Musulmans (Al-Mamun, Al-Battani, Averroès), par l’intérêts qu’ils accordent aux écrits des anciens et qu’ils traduisent (400.000 ouvrages à Cordoue), n’en apportent pas moins dans le domaine de la numération et de la trigonométrie sphérique par exemple. Et l’Occident sauta par-dessus le balcon, sans état d’âme…

Yaël Nazé nous embarque aussi outre Atlantique où les archéoastronomes ont aussi matière à discourir, documents remarquablement reproduits à l’appui (Codex, glyphes). Les Mayas sont surtout concernés par le calendrier et les cycles associés à la stabilité d’un cosmos qu’il fallait préserver des phénomènes incontrôlables. Avec les tribus amérindiennes, l’absence de documents écrits et les ravages de la colonisation, peu de chance de reconstituer avec précision leur savoir astronomique, sinon à partir de quelques alignements ou sites, pictogrammes ou pétroglyphes. Quant aux Incas, plus grand empire précolombien, seules quelques pierres (Torréon- Machu Picchu) parlent d’astronomie. Aucune trace écrite, sinon les fameuses quipus où aucun Alexandre n’a encore tranché les nœuds gordiens ! Quant aux Polynésiens, faut-il imaginer que la découverte de ces îles perdues dans le Pacifique soit en correspondance avec les étoiles tatouées de la voûte céleste ? Enfin l’Afrique toujours oubliée et pourtant point origine…

L’étude des sources antiques de qualité permet d’intégrer dans le savoir actuel des évènements d’importance dans notre compréhension moderne de l’univers, tant dans notre proche banlieue (Soleil) que dans le fond du ciel (supernovae). Cet ouvrage témoigne avec beaucoup d’attention, de l’évolution de notre regard sur ce ciel embrouillé où le clair et le sombre restent (encore) divisés.

Jaques Cazenove



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