Michel Lefèbvre, marin de l’espace

dimanche 20 mai 2012
par  Jacques

N°08- Michel Lefèbvre, marin de l’espace.
Yves Garric - Loubatières Sciences - 03/08 - 305 pages - Tout lecteur

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RÉSUMÉ : Biographie d’un homme qui partagea sa passion de vivre, sur l’eau comme capitaine au long cours, avec les étoiles comme astronome à l’observatoire de Paris pour terminer sa course dans l’espace comme géodésien au CNES et œuvrer pour une meilleure connaissance de la forme de la Terre et de ses océans.

MOTS CLÉ : marin, astronome, géodésien, géonaute, indépendance.

L’AUTEUR : Yves Garric est journaliste et écrivain. Prix Aubinières décerné par l’Institut Français d’Histoire de l’Espace.

Sous la plume d’Yves Garric émerge un homme, (il faudrait dire un homme et une femme) qui témoigne de cette vision sublime qu’avait St Exupéry du meneur d’hommes, du chef : «  le chef c’est celui qui a besoin des autres  ».

« En route pour la mer », avec ce quart d’heure magique où l’on fait le point dans les conditions requises, sextant et chrono en mains, et pas moins d’une quinzaine d’étoiles à pointer. Trop fort n’a jamais manqué restera comme un refrain jusqu’à cette mise en retraite où le centimètre deviendra le quantum orbitographique et altimétrique des ses satellites. Capitaine au long cours, vingt-deux mois dans la Royale, pacha d’une vedette de surveillance, on retiendra surtout de ce premier acte, cet homme au sac rouge, qui bloque une manœuvre d’embarquement afin de restituer une casquette à ce docker noir de Cape Town (54), en plein apartheid, pour en avoir compris sa détresse par simple échange de regard entre quai et passerelle et ce sourire qui avait dû l’inspirer.

La famille, les enfants, il est temps de poser sac à Terre pour Michel Lefebvre, après 10 années de face à vague avec les océans. D’autres ont déjà accompli cette reconversion et c’est en consultant l’un d’entre eux, Bernard Guinot, directeur du bureau international de l’heure (BIH), qu’il est nommé à l’Observatoire de Paris où règne en maître incontesté André Danjon et son astrolabe. Il s’agit de faire le point (encore !) sur le maximum d’étoiles possible (encore !) avec cette sorte de sextant monté sur bain de mercure et ce, à des heures rigoureusement identiques d’un jour sur l’autre. Maîtrise des mesures, maîtrise du temps et donc des températures, comme pour les bananes dans les soutes des cargos de la marine marchande ! Fin du second acte.

Le troisième débute par une rencontre occasionnelle avec une ancienne de Math Géné lui fournit l’opportunité d’intégrer, dès sept 63, le CNES imposé par de Gaulle et où Pierre Morel, directeur des programme lui offre un poste d’ingénieur dans la division Mathématique et Traitement à Brétigny sur Orge. Avec Jacques-Emile Blamont directeur du Centre Spatial, il participe aux premiers tirs de fusée de l’armée (Rubis, Topaze et Diamant) dans le Sud Saharien, non sans que cela crée des problèmes relationnels entre civils et militaires, pris en charge par Robert Aubinières directeur général du CNES et général de surcroît. La géodésie spatiale, avec ses calculs de trajectoires, diagnostics et gestion d’orbites reste un vaste domaine à explorer et Michel Lefebvre avec son équipe en sera le moteur dès 64 ne cessant d’en améliorer la précision des résultats en embarquant divers instruments à bords de satellites. En effet, depuis son orbite celui-ci ressent les gradients de gravité, la planète n’ayant pas une symétrie sphérique parfaite, mais aussi les pressions de radiations solaires et le freinage atmosphérique. « Avec les orbites on peut tout faire ! ».

On s’initie à l’OHP sur une tourelle DCA par des tirs lasers sur le satellite américain BEB équipé d’un réflecteur. On atteint avec Diapason (66) , équipé d’un oscillateur à quartz, et par effet Doppler mesuré au sol à partir de 2 stations, une précision de 10m, puis avec Diadème (67) on arrive au mètre. La reconnaissance internationale est acquise dès 68 outre Atlantique (SAO-COSPAR) où une étrange collaboration se met en place autour d’un modèle de la Terre construit sur les données orbitographiques. Avec F.Barlier et G.Balmino (Frenchs laser’s mens), M.Lefèbvre est en train de faire émerger le GPS.

« De la pente que je créerai naîtra la qualité du voyage ». Toute la seconde partie de l’ouvrage rend compte de cette formidable aventure dans laquelle les qualités humaines, relationnelles, le choix des collaborateurs, les points de vue qui sont aussi points de vie, s’avèrent fondamentaux pour la réussite des divers projets. On ne peut manquer d’opérer un rapprochement tant dans l’espace-temps qu’auprès des acteurs, avec cette autre formidable aventure humaine que fut l’Aéropostale et dont le théâtre des opérations fut la piste de Montaudran, à deux pas des nouveaux locaux du CNES, (décentralisation oblige de Brétigny à Toulouse-74) et de Sup Aéro où Michel enseigne. Confions au lecteur pénétré par ce qui éclaire, de suivre les nombreux détails de cette quête du modèle de la Terre qui débute avec le satellite Géole et la mission Isagex, pour se poursuivre, de séminaires (Williamstown-69) en congrès (Venise-80), avec la mission franco-américaine Topex-Poséidon (NASA-CNES) et pour laquelle « simplicité et générosité se conjuguent avec la passion de la Mère Terre », pour enfin s’inviter aux prolongations avec les missions Jason (2001 ; 08 ; 12).

«  Je te ferai devenir. Et c’est pourquoi me voici responsable  [1] ». Il s’agit là d’une véritable révolution pour les sciences de la Terre, et en particulier pour ce qui concerne ses océans, avec les incidences sur l’évolution climatique que l’on découvre. Les relations, les interfaces, entre la Terre et le plus grand de ses prédateurs sont enfin établies depuis le système de localisation Doris embarqué sur Spot2 (toujours en état de fonctionnement), avec une précision altimétrique du centimètre, sinon moins ! (French Bluff, suivi du Doris day !). A nous de réagir devant ce géoïde qui n’est plus à dominer comme il est dit dans les Livres, mais à gérer puisque nous ne sommes pas encore en mesure d’aller faire le pitre sur Mars ou Titan !

«  L’exister est le point final de connaître  [2] ». L’homme, ce point dans l’existence du tout, sur le point de devenir l’existence du tout en un point, dont le poids sera ce qu’il aspire à sauver.

Merci à Yves Garric de nous avoir ouvert sur Michel Lefebvre ; ce forgeron qui a donné à la Terre sa vérité géo-métrique.

Jacques Cazenove



[1]Citadelle – St Exupéry

[2]Le meneur de lune- Joé Bousquet


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