Le quark, le neurone et le psychanalyste

samedi 19 mai 2012
par  Jacques

N°61- LE QUARK, le neurone et le psychanalyste.
Élisa Brune - Le Pommier - 02/06 - 167 pages - tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Compte rendu du colloque à huis clos et vingt intervenants, organisé par France Culture et l’Université de Bruxelles, sur 4 jours au château Solvay à la Hulpe sur le thème de l’unité de la connaissance, sera-t-elle découverte ou construite ?

MOTS CLÉ : unité, limites, conscience, dessin, dessein.

L’AUTEUR : Élisa Brune est romancière et journaliste scientifique auteur du « goût piquant de l’univers ».

Invités : D.Lambert - H.Zwirn - Ed.Gunzig - M.Cassé - M.Lachièze-Rey - J.P.Luminet - S.Diner - J.M.Cournet - D.Proust - L.Couloubaritsis - M.Cazenave - M.Bitobol - A.Cleeremans - I.Stengers - M.Porte - Th.Melchior - M.L.Colonna - J.Goldberg - R.Goetschel - P.Menneteau.

Dans le même cadre où Einstein, Bohr, Heisenberg et les autres ont débattu, on retrouve d’autres protagonistes sur le thème de l’unité de la connaissance, à découvrir ou à construite avec l’outil neuronal exploité dans différentes disciplines.

Le colloque s’ouvre avec les sciences dures, où la « déraisonnable efficacité des mathématiques » permet d’expliquer en formalisant, de prédire et d’ouvrir des horizons nouveaux avec les concepts de symétries ou d’invariants. Elles sont pour Dominique Lambert la « condition même de notre succès en tant qu’espèce et reflètent très fidèlement les propriétés du monde réel », mais telles une excavatrice, efficaces seulement s’il y a de la terre à creuser ! Avec Hervé Zwirn se sont les limites de la connaissance scientifique où « seule l’information peut-être traitée, pas le réel lui-même ».

Après les philosophes des sciences, place aux cosmologistes avec Edgar Gunzig (déjà complice dans le goût piquant de l’univers) et les origines de l’univers où « le réel travestit son unité sous des masques diversifiés ». Michel Cassé évoque cette quintessence au comportement d’un champ scalaire immatériel, non affecté par l’expansion et exerçant une gravitation répulsive. A partir de la matière et de la lumière, Marc Lachièze-Rey évoque l’invariance de l’intervalle espace-temps, tandis que Jean Pierre Luminet revient sur son univers chiffonné aux multiples mirages topologiques, fantômes d’un unique polyèdre primordial. Enfin Simon Diner et la théorie de l’information pour « distinguer ce qui relève de la nature de choses et ce qui dépend de nos stratégies d’observation et de leurs limitations ».

Réalité comme produit de notre connaissance, avec Michel Counet (théologien) qui nous étonne avec le système de pensée de Nicolas de Cues (XV° siècle) pour qui « l’esprit voit les choses et les constitue en monde ». Cette visée de l’unité Dominique Proust l’évoque avec Platon pour qui les mathématiques sont le moteur de l’unification, et Lambros Couloubaritsis avec Aristote qui nous enseigne déjà qu’il ne faut pas multiplier les entités au delà du nécessaire.

Comment sortir du cadre conceptuel de la science où la théorie soulève une partie du voile quand pour d’autres « seul le voilé est réel » ? Avec Michel Bitbol le bouddhisme, pour qui la nature des choses est de ne pas avoir de nature, pourrait faciliter l’assimilation culturelle d’une révolution scientifique. Les sciences cognitives pour Axel Cleeremans, en élucidant le problème de la conscience en tant que phénomène émergent, intègrent dans une même étude, la connaissance et son support biologique.

Isabelle Stengers plaide pour l’unité des savoirs en encourageant le dialogue possible entre sciences exactes et sciences humaines, même si les objets ne sont pas équivalents dans leur capacité à être interrogés. Elle dénonce l’arrogance de la physique à vouloir tout expliquer dans son orthodoxie, au détriment de la réussite d’une relation sociale où les singularités des pratiques doivent être comprises comme ouverture.

Pour Michelle Porte, psychanalyste, cette unité de la connaissance est caractérielle et constitue une régression, tentation à la facilité à nous en remettre à une autorité extérieure ; l’autonomie psychique exigeant séparations, pertes, frustrations. Si notre quête d’unité implique de sacrifier la pensée, alors la perte d’unité est comme un trésor. L’unité morte vive la pensée ! L’hypnose, en réduisant le flot de sensations, en rompant l’ancrage environnemental, serait-elle en mesure de nous apporter quelque connaissance inhabituelle, libérée de l’hypnose quotidienne ? Voilà la question débattue par Thierry Melchior pour qui le langage performatif amène le sujet à se sentir spectateur de lui-même, invitation à se réveiller autre. L’unité sans langage et sans conscience : voilà l’unité !

Après discussion sur la synchronicité (coïncidence entre évènements psychique et physique) avec Marie Laure Colonna, on aborde la spiritualité avec Jacques Goldberg pour qui la source de l’obéissance aux lois de la science (démarche scientifique) reste au délà de la science (acte de foi). Retour sur l’unité avec Roland Goetschel et la question de « comment faire du multiple avec l’Un » ? Et Patrick Menneteau de conclure sur ce « découpage du réel par les tenants d’un savoir officiel et hégémonique basé sur la raison », tout entier dépendant de structures explicatives créées par nous-même et qui nous déterminent comme elles nous définissent.

Et même si l’exposé de Michel Cazenave sur les rapports entre mathématiques et âme conduit à la conclusion que tout ce qu’on ajoute à l’un ne peut que le diminuer…laisse l’auteur au « bord de la route », on ne peut que se réjouir d’avoir pu assister à ce colloque de la Hulpe, comme ce fut aussi le cas pour celui de Peyresc en 2004.

L’humour et les compétences de Élisa Brune ne font qu’ajouter aux compétences des intervenants et compensent largement notre absence physique au colloque. Ce tenait à Carcassonne du 29 juin au 1 juillet 2007 le XIX° colloque interdisciplinaire sur « les implications philosophiques des sciences contemporaines » d’une très grande qualité, mais dont on regrettera que les actes n’aient pas été confiés à Elisa Brune. Un grand plaisir de retrouver de telles publications pour les curieux que nous sommes et un grand merci à l’auteur ainsi qu’à l’éditeur bien sûr.

Jacques Cazenove



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