Comprendre l’univers

dimanche 29 avril 2012
par  Jacques

N°77- COMPRENDRE l’UNIVERS
Ludovic CARDON
Vuibert - 03/05 - 210 pages - Tout lecteur

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RÉSUMÉ : Ouvrage très original où l’histoire de l’univers se fond dans celle des ses acteurs philosophes et scientifiques, de leurs théories, mythes et croyances en quête d’harmonie interne, d’élégance et d’unicité à l’image… du caméléon !

MOTS CLÉ : réalité, harmonie, unicité, copropriétaires.

L’AUTEUR : Ludovic Cardon est informaticien, responsable des développements statistiques de l’IFOP, passionné d’astronomie.

La nécessité du partage s’impose à la science par le regard, fait de rigueur et d’humilité, que l’Homme s’impose pour «  lever un coin du voile ». Hors du cercle des professionnels, l’approche de Ludovic Cardon nous séduit par son originalité et sa pertinence et c’est avec un très grand plaisir qu’on le suit dans les sentiers de grande randonnée de nos connaissances.

On entre en matière avec les atomistes et la pensée mécaniste : intuition géniale de l’élémentarité devenue réalité physique aux multiples symétries avec ses 12 fermions (6 leptons + 6 quarks) et ses 6 bosons porteurs des 4 interactions fondamentales. Dans le cadre du modèle standard, il est possible de proposer une histoire de l’Univers au pied du mur de Planck où les concepts de fluctuations d’un vide quantique, d’inflation, de transition de phases, de nucléosynthèse conduisent à un Univers, (ou à des plunivers ?) tel que nous l’observons aujourd’hui. Un point sur nos connaissances actuelles est ensuite proposé au niveau des différentes structures, amas de galaxies et galaxies, étoiles, planètes et exoplanètes, notre Terre à tous avec son atmosphère et son soleil « qui convertit chaque seconde plus de 500 millions de tonnes d’hydrogène en hélium...et qui n’a perdu dans la première moitié de sa vie que3/1000 de sa masse » tout en effectuant un tour de Galaxie en 225 millions d’années à la vitesse de 250 km/s ! Un hommage émouvant est ensuite rendu aux artisans de l’astronomie et de l’astrophysique, de Thalès à Einstein, à ceux-là même pour qui « la contemplation de ce monde était comme la promesse d’une libération ». La lumière, en marge de deux grandes théories actuelles relativiste et quantique, conduit enfin aux spéculations sur lesquelles les chercheurs d’aujourd’hui tentent, comme ceux d’hier, de trouver un pont de matière noire ou d’énergie sombre, véritable «  chair du monde » ou quintessence moderne mais qui constitue rien moins que 95% de cet univers embarrassant.

L’auteur prend quelque recul pour mettre son point d’orgue en fin de partition avec quelques réflexions sur ce malicieux compromis entre déterminisme et hasard, source de diversité et de complexité. On éprouve une immense joie à ce partage de points de vues personnels émergeant d’une vision grand angle qui fait honneur à son auteur, mettant en interactions divers paysages et se réjouissant de leurs interconnexions à l’image du caméléon « semblant vivre en phase avec tout ce qui l’entoure ». On ne manquera pas non plus d’apprécier ces citations qui offrent leurs tonalités à chacun des 6 chapitres du livre. Tout comme on devient ce qu’on connaît,

« l’existence d’une création sans Dieu, sans but, me parait moins absurde que la présence d’un Dieu existant dans la perfection et créant un homme imparfait afin de lui faire courir les risques d’une punition infernale ».

L’Univers a-t-il un sens ? Quelle est la part du hasard ? De la nécessité dans la diversité observée ? Comment faut-il interpréter ces concepts étranges attachés aux phénomènes quantiques responsables des propriétés de notre univers à grande échelle ? Comment justifier cette fâcheuse tendance à faire de l’Homme une finalité de l’Univers face à son insignifiance dans l’échelle du temps ? Les références au bouddhisme, avec Trinh Xuan Thuan et Mathieu Ricard, permettent d’évoquer les notions d’impermanence et d’interconnexion et conduisent l’auteur à parler de cette conscience « qui façonne la réalité, comme elle est façonnée par elle ». Mais pourquoi avoir passé sous silence les recherches en neuroscience qui auraient apporté d’autres éléments de réponse à notre façon d’interpréter la réalité ? C’est sur cette petite réserve que nous sortons des sentiers battus, faisant trop souvent de la diffusion scientifique des pièges à métaphores où la comparaison efface parfois la compréhension plus qu’elle ne la guide. Oui « Le Savoir se raconte, le bon conteur suit la ligne, puis bifurque brusquement ».

L’ouvrage de Ludovic Cardon est bien dans la ligne de cette conduite évoquée par cet autre grand conteur qu’est Michel Serres dans lequel la rigueur scientifique et l’accessibilité du discours trouvent un bel équilibre. La postface de Jean Audouze rend elle aussi un hommage appuyé et sincère à la qualité et à la clarté de cet ouvrage.

Jacques Cazenove



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