Y a-t-il un GRAND ARCHITECTE dans l’UNIVERS ?

mercredi 19 décembre 2012

N°68- Y a-t-il un GRAND ARCHITECTE dans l’UNIVERS ?
Stephen Hawking/Léonard Mlodinow - O.Jacob Sciences - 02/11 - 238 pages - Tout lecteur

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RÉSUMÉ : Les interrogations posées par la cosmologie sont bien affaires de la science, partie intégrante et essentielle de notre culture collective. Assis sur les concepts de conditions sans bord, d’histoires alternatives et de réalisme, les auteurs proposent des modèles issus de la M-théorie, qui se créent d’eux-mêmes.

MOTS CLÉ : lois, modèle-dépendant, histoires alternatives, conditions sans bords, M-théorie.

LES AUTEURS : Stephen HAWKING est professeur Lucasien à l’université de Cambridge. Léonard MLODINOW est physicien au CalTech.

Comment comprendre le comportement de l’univers ? Comment et pourquoi a-t-il émergé, et de quoi ? Aux dires des auteurs la philosophie est morte. Il revient aux scientifiques de reprendre le flambeau de la quête du savoir (chap.1). Voilà qui est clair et qui laisse peu de place à une vision multi spectrale. Un brin d’histoire (chap.2) sur terre grecque conduit aux intuitions plutôt centrées sur le pourquoi. Le peu d’attention aux observations et aux mesures induisent à des rafistolages où pendant 20 siècles les idées d’Aristarque, n’ont pas permis de changer le centre et ce que fait son trou. Le déterminisme scientifique émergeant des lois du mouvement, conduit à bricoler des modèles de réalités qui ne sont pas sans rétroagir sur la machine humaine pensante. La réalité mise en forme est-elle unique ? Ou déformée à l’image de celle offerte à un poisson rouge dans son bocal sphérique ? Le réalisme modèle dépendant (chap.3) défend une réalité qui n’existe pas en tant que concept indépendant de son image ou de la théorie qui la représente. Toute image du monde consiste en un ensemble de lois reliant les éléments du modèle aux observations et à l’observateur. Le modèle se devant de s’accorder aux observations, d’être élégant, de faire des prédictions, et de ne contenir que peu d’éléments arbitraires, ajustables.

La dualité onde/corpuscule offre de retrouver ces histoires alternatives (chap.4), où la M-théorie unique fait place un réseau de théories dont chacune décrit une certaine gamme de phénomènes. L’univers ne suivrait pas une histoire unique mais toutes les versions possibles simultanément, à l’image des trajectoires possibles de Feynamn (Dick pour les intimes). Il en résulterait que l’Univers n’a pas un passé unique, mais toutes les histoires possibles associées à une probabilité propre. Nos observations actuelles (expériences à choix retardé) affectant son passé, influencent ces différentes histoires. Cette analyse permet de comprendre comment les lois (de la nature ?) ont émergé du Big-Bang. L’unification des lois (de la physique ?) constitue un moteur de recherche efficace (chap.5). Au concept de force s’est substitué celui de champ, et le fond du décor spatio-temporel fait problème dans la mesure où son indépendance au contenu est contestée. Terre et ciel réconciliés par Newton, l’électromagnétisme posé avec Maxwell, c’est la supersymétrie et ses dimensions supplémentaires repliées qui offrent à ce jour son trop plein de possibilités. Seules les mathématiques dictent les règles de repliement imposant du même coup les constantes physiques des lois apparentes de la physique. Les vraies lois sont en fait celles de la M-théorie qui autorise donc de nombreux espace-temps possibles (10 !), chacun dotés de ses lois propres.

Qu’en est-il de ces autres mondes possibles ? La naissance de l’univers (chap.6) serait un phénomène qui explore spontanément tous les possibles (multivers). Mais il ne s’agirait que de différentes expressions de la somme sur toutes les histoires de Feynman, à l’image de ces bulles de gaz qui se forment dans l’eau bouillante. Le concept d’inflation conduit à justifier la formation des grandes structures comme fluctuations quantiques du plasma primordial. L’amplitude de probabilité pour que l’univers soit dans un état donné, s’obtient en sommant les contributions de toutes les histoires passées à partir du présent, qui satisfont la condition sans bord (Hartley), où ces histoires sont comme des surfaces fermées sans frontières. Dans ce paysage des univers possibles (chap.7), le concept de multivers émergeant de la condition sans bord, comble toutes les attentes sans qu’il soit nécessaire de recourir au(x) principe(s) anthropique(s), ou au grand architecte, pour justifier toutes ces coïncidences qui ont conduit à la complexité observée. Le jeu de vie de Conway (chap.8), assis sur 3 règles simples, conduit à des structures autoreproductrices creusant sillons aux propriétés émergentes observées. Et s’il existe quelque chose plutôt que rien, c’est parce que la création est spontanée, parce que la nécessité de lois s’impose dans le cadre d’une M-théorie qui décrit et prédit l’univers dans toute sa diversité.

Voilà 10 ans que Stephen Hawking gardait le silence. (L’Univers dans une coquille de noix/O.Jacob/01). Sa vision de l’univers et sa grande confiance dans la science exigent toute la curiosité du promeneur prêt à s’échapper d’une vision trop classique du monde cicatrisé. Le statut de réalité dans le modèle-dépendant proposé évoque un cerveau en interface avec son environnement, construisant une carte d’un paysage où perspectives et horizons dépendent du mouvement du paysan. Mais pas plus que les cartes de Mercator ne peuvent représenter l’ensemble de Terre, nos théories ne concernent que quelques aspects des phénomènes dont la M-théorie seule prétend assurer la cohérence de l’édifice.

Finalement rien de bien neuf, mais beaucoup de plaisir à retrouver les réflexions du grand homme, déjà en incubation dans le noyau de sa coquille de noix. Dans cette brève histoire, mais où est donc passé ce temps imaginaire ? Était-il nécessaire pour autant d’(ab)user d’un titre attracteur étrange (grand architecte !), ceint d’un bordereau rouge équivoque (Dieu et la science) ? S’agit-il encore et toujours de jouer au chat et à la souris avec la pensée de dieu, comme s’il manquait ce qui n’existe pas, pour être à jamais connaissable par principe ?

Jacques CAZENOVE - 18/06/11



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