Bonnes nouvelles des étoiles

mardi 22 mai 2012
par  Jacques

N°37- BONNES NOUVELLES DES ÉTOILES.
J.P.Luminet - E.Brune - O.Jacob - 05/09 - 333 pages - Tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Réponse aux questions de ceux qui sont restés ouverts aux nouvelles découvertes observationnelles et à celles d’une astrophysique en révolte de possibles suspendus, et qui désembrouille les détails chiffonnés, d’infinis silencieux.

MOTS CLÉ : Planètes, étoiles, galaxies, instrumentation.

LES AUTEURS : Jean Pierre LUMINET est directeur de recherche au CNRS et astrophysicien à l’Observatoire de Paris. Élisa BRUNE est écrivain et journaliste scientifique.

Tout ce qui a pu se dire contre la science ne saurait faire oublier que la recherche scientifique reste, dans la dégradation de tant d’ordres humains, l’un des rares domaines où l’homme se contrôle, s’incline devant le raisonnable, est non bavard, non violent et pur. Le lieu de la morale et de l’élévation ne se trouvent-ils pas désormais au laboratoire ?

Même si ces propos d’Emmanuel Levinas peuvent paraître excessifs, ils tiennent de fil conducteur à ce dossier dont on comprend de suite qu’il émane d’auteurs dont on sort grandi de leur riche expérience. S’adresser à un public prêt à modifier sa façon de peser l’univers dans son ensemble, en marge de la poussière terrestre où nous dissipons nos inquiétudes de conquista d’ors, voilà leur défi. Les diverses échelles, étalées sur 40 puissances de 10, dans le silence des grands vides, nous affichent comme déchets d’étoiles recyclées. Nous commençons à en percevoir les propriétés émergentes à chaque niveau, et surtout nous apprenons les limites de ce que nous en savons, sans ce besoin humain de les remplacer par un inconnaissable inutile.

Trois niveaux structurent ce superbe discours : autour du soleil, autour de la Galaxie, enfin dans la mousse des amas de galaxies. Pas de schémas, pas de planches photographiques, seulement des références précises au Web.

Autour du soleil, la machine à cailloux et les planètes comme aspirateurs de cailloux. Et de reconnaître que l’incroyable diversité des 350 systèmes extrasolaires identifiés à ce jour, met à mal les modèles établis. S’impose de construire des théories plus générales tant sur la formation que sur l’apparition de systèmes biologiques, en s’échappant des réalités trop locales, trop anthropocentriques. Comment par exemple entreprendre la recherche d’une vie (mais qu’est-ce que la vie ?) extra terrestre sans évoquer les bactéries ? Ayant pris acte de la flexibilité, de l’adaptabilité des systèmes vivants, psychrophiles ou thermophiles ; banalité ou singularité de l’événement ?

Les gros miroirs pointés sur les nébuleuses nous offrent d’assister à la formation de systèmes stellaires et planétaires : contraction, aplatissement du disque, anneaux planétaire, condensation de l’étoile et des planètes, le tout à partir d’une perturbation locale. Devenir une étoile c’est s’isoler, et devenir planète hébergeant la vie c’est reconnaître le caractère contingent de notre présence lié, entre autre, à la présence d’une gros satellite stabilisateur (résultat d’une collision), et à l’extinction de certaines espèces dominantes (résultat d’une autre collision). Qui peut prétendre ensuite causer de l’à-venir ? Point de logique dans les plis de la robe.

Parmi les 3 niveaux emboîtés d’agrégation, celui des galaxies nous contraint à un changement d’échelle. 100 milliards d’étoiles évoluant au prorata de la masse accrétée dans un disque de quelques 100.000 années lumière (AL) sur 100 d’épaisseur. On sait que la danse des étoiles autour du centre (250 millions d’années pour le soleil) impose de faire intervenir une hypothétique matière noire. Les auteurs d’évoquer les différentes phases de la formation de ces usines à pression, des globules de Bock trahis par leur rayonnement IR, aux énigmatiques trous noirs pour les plus massives d’entre elles. Laissons au lecteur le plaisir de se courber devant son grand spécialiste qu’est J.P Luminet. De rappeler que notre soleil pour son équilibre dynamique consomme 600 millions de tonnes d’hydrogène, dont 500 sont converties en énergie, et qu’un photon émis au cœur à 15 millions de Kelvin met 10 millions d’années pour nous en informer ! Et puis il y a les neutrinos peu bavards et qui en savent beaucoup plus ! Les auteurs se sont quand même fendus d’un tableau résumant en fonction de la masse, nerf de la guerre, de l’évolution du gâteau et de ses capacités de recyclage.

Grand plongeons enfin dans cette mousse des amas de galaxies où les interactions entre elles décident de leur grosseur et de leur morphologie. Autant de galaxies que d’étoiles dans la galaxie. Et même si l’espace intergalactique est un vide 100.000 plus vide que l’espace interstellaire, l’univers est bien plus peuplé de galaxies que la galaxie ne l’est d’étoiles. Pas de collisions stellaires lors de collisions galactiques : seulement nouvelles flambées d’étoiles. Avec un horizon à 13,7GAL, le rayon apparent de notre univers est donc de quelques 50GAL avec à quelque 8GAL, le lieu des points où l’accélération liée à l’énergie sombre équilibre la décélération liée la matière en cours de dilution. Proche de cet horizon c’est le domaine des galaxies actives, des phénomènes les plus énergétiques connus, et des mirages gravitationnels ou topologiques, chair multiconnexe de l’auteur de l’univers chiffonné. Au-delà de ce même horizon, un mur de lumière fossile conduit aux instants primordiaux où d’infimes fluctuations de l’écume de l’espace-temps ont conduit à ce dont nous causons et dont on sait ne connaître finalement qu’environ 4% ! Dans cette quête à expliquer la diversité du réel par une unité sous-jacente, diverses pistes sont ouvertes autour des concepts d’espace-temps/matière-énergie ou de champs quantiques qui se font encore des grimaces. Sauront-elles répondre aux mauvaises questions que les hommes continuent à se poser quand à leur place dans ce drôle de calendrier cosmique où l’on voit Lucy se mettre debout le 31 décembre à 22h30, et Léonard peaufiner le sourire de sa Gioconda à minuit moins 1. C’est en oubliant de devenir qu’on se rencontre.

Intéressante annexe où sont rapidement évoqués l’astrophysique, son domaine, ses acteurs et son instrumentation. L’atelier est toujours le monde en formation.

Beaucoup de plaisir de retrouver ces deux auteurs autour des diverses échelles de cette grande fresque cosmique, et où l’usage de la délicate métaphore (c’est comme si…), impose un grand art, afin qu’elle ouvre à l’imagination de chacun, de formidables espaces de liberté de penser. Si tu as cru que je pouvais partir, il fallait me donner des ailes.

Jacques Cazenove



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