Les VISAGES de la SCIENCE

vendredi 25 juillet 2014

N°37- Les VISAGES de la SCIENCE
B.Vidal - Académia/L’Harmattan - mars 2014 - 214 p - tout lecteur

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RÉSUMÉ : Le thème essentiel repose sur le bricolage d’une science contingente, sur les lois qu’elle établit pour vouloir mimer dans l’abstraction la nature par des modèles. L’esprit, modelant un amorphe premier, produit le réel en nous, société et science s’influençant réciproquement.

MOTS CLÉ : modèle, lois, heuristique, ordre.

L’AUTEUR : Bernard VIDAL est professeur émérite (Université de la Réunion). Spécialiste de chimie quantique et de l’histoire des sciences.

La science n’a pas un visage unique. C’est un modèle abstrait que crée le chercheur pour mimer le comportement de ce qui lui apparaît comme « la nature ». Il invente, pour construire celui-ci, des concepts, des théories, des lois…La nature, elle, n’a pas de loi. Le modèle est construit seulement pour être heuristique, valide.

Dans la science tous azimuts (chap1), trois idées fortes sont défendues. Les lois énoncées dans le discours scientifique sont bien celles de la physique et non celles de la nature comme on le voit trop souvent écrit. L’aspect bricolage de la science, prolonge celui de la génétique. (F.Jacob/le jeu des possibles). On pouvait aussi chahuter avec ce hasard nécessaire (A.Pavé), défini comme ce qui réclame le tout. (P.Valéry). Enfin le rôle tenu par notre cerveau matériel. (Pourquoi l’esprit ?). Élément d’univers, il se fée miroir de l’homo-sapiens dans sa façon d’analyser (rétroaction, autoréférence), avec ce mal de construire un ordre qui n’existe pas nécessairement. Une science destinée à satisfaire la physiologie du scientifique. Une science en quête d’une vérité qui n’est que l’adéquation entre la pensée qui pense la chose et la chose elle-même. Nous étions déjà avertis que l’univers est construit sur un plan dont la symétrie profonde est présente dans l’intime structure de notre esprit. (P.Valéry/Euréka).

Reste ensuite à discuter sur la méthode (hypothético-déductive) mise en place en science (chap2). Son côté mental relatif aux enchaînements de causalité (déduction) et son côté inventif, imaginatif, où l’on passe du particulier au général (induction). Le concept comme outil à mettre de l’ordre dans ma pensée. Une science réductionniste, image du simplificateur, où esprit (cerveau) et nature sont en co-construction permanente par rétroactions. Principe de similitude (carte/territoire), fonctionnement par analogie, avec usage de métaphores (à tenir en laisse). Prévisibilité affichée, accompagnées de procédures par conjectures et réfutation ou falsification (Popper), toujours critères imparables de scientificité. Sur des exemples (dinde inductiviste - l’hélio/géocentrisme), aucune vérité ne se démontre. Pas d’observation absolue, l’expérience dépendant des questions posées, porte en elle une charge théorique. La confirmation d’une vérité n’est donc pas à priori critère de validité, même ancrée sur les principes d’économie (Rasoir d’Ockham), d’élégance ou d’efficacité. Enfin, celui d’une science construite par la société, d’un fait social, culturel, avec le concept de collectif de pensée. Pourquoi alors tous les chercheurs n’ont-ils pas ensemble le même Euréka ?

Les différents habits de la science (chap3), autour de conceptions ismiques. (Matérialisme, réalisme, empirisme, idéalisme, positivisme, scientisme, spiritualisme) et de leurs confrontations. On cause d’une science matérialiste méthodologique, d’un athéisme méthodologique en bute avec le pur esprit ou le dieu bouche trou justifiant tout, ne justifie rien. Pour en finir avec Dieu on pourra (re)lire R.Dawkin, V.Stengers (Dieu, l’hypothèse erronée), Onfray et bien d’autres. Une science née en Occident (oxydant), produit accidentel, contingent à une culture donnée prête à classifier, à morceler (paradigme de scission) en quête d’une théorie du tout comme volonté et comme représentation du monde (Schopenhauer). Il n’y a pas de science à découvrir, mais un modèle à inventer, construire, un fantasme à réaliser.

La non-unicité des modèles scientifiques, des théories, des lois (chap4) s’appuie sur les exemples : théorie mésomérie/résonance (spécialité de l’auteur), modèle d’Ampère/Maxwell, et sur l’éther posé par Fresnel pour asseoir son optique. Le concept de champ, gommant celui de force, devient fantasme de modélisation, mathématique et efficace à produire une autre intelligibilité. Celui des géodésiques de l’espace-temps courbées par le contenu énergie-matière porte lui aussi ses propriétés ad hoc pour que les phénomènes apparaissent comme des effets. Et de conclure qu’il n’y a pas de réel en soi(e), mais un réel voilé (d’Espagnat), construit pour et par nous.

Avec la disparition des certitudes et dualisme (chap5), l’auteur revient sur cette construction du réel en terme de temps, d’espace, et de causalité, induit par les hypostases ( ?) Toujours gêné de voir évoquer l’esprit en place du cerveau seul accessible aux neurosciences (Ockham, nous épargne certaines bricoles, pour être plus complexe que ce qui est à expliquer). Seul le cerveau sur l’élan de son évolution cosmique pense le cosmos. A la question : quelle est la place de l’Homme dans l’univers ? Le miroir répond : quelle est la place de l’univers dans l’Homme ?

Intéressant dossier à méditer sur l’aventure scientifique. Reste encore à grandir pour éviter enfin certaines ombres gênantes… rebondir peut-être sur ces propriétés émergentes d’une matière complexe où le tout est plus que la somme des parties, mais qui demeure unité génétique, matérielle, en relation avec son environnement par échange d’informations (Shannon) ? Ce travail d’analyse sur les sciences mérite de revenir sur l’approche croisée fête par Pascal Boyer dans et l’homme créa les dieux (comment expliquer la religion/folio essais) avec les concepts d’efficacités d’inférences et de parasitage d’idées dans le cerveau où certains processus mentaux sont en attente, en quête d’activation. Il s’agit bien d’un cerveau-matière-univers, de coévolution, de prises en charge et de traitements d’informations.

Jacques CAZENOVE - 28/05/14

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