La nécessité du hasard

samedi 19 mai 2012

N°57- LA NÉCESSITÉ DU HASARD
Vers une théorie synthétique de la biodiversité

Alain Pavé - EDP sciences - 01/07 - 186 pages

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RÉSUMÉ : Plaidoyer pour un hasard nécessaire à la vie, à la fois comme facteur externe, mais aussi comme produit par le système soucieux de survivre, d’évoluer, de s’adapter. En tout cas élément essentiel à la biodiversité observée qui réclame qu’on en maîtrise l’évolution.

MOTS CLÉ : hasard, nécessité, biodiversité, compétition, coopération.

L’AUTEUR : Alain Pavé, chercheur CNRS, directeur du programme Amazonie, membre de l’académie des technologies et correspondant de l’académie d’agriculture.

Le hasard se glisse au niveau des phénomènes dont on ne peut prévoir l’évolution. On le rencontre en physique dans les systèmes chaotiques dont la sensibilité aux conditions initiales les fait diverger rapidement, bien que soumis aux lois du déterminisme. Le hasard se glisse aussi au niveau quantique soumis au principe d’indétermination. Les mathématiciens, les statisticiens, les informaticiens, se donnent aussi beaucoup de mal pour créer des algorithmes générant des suites où l’aléatoire reste la finalité.

L’objectif de l’ouvrage est d’aborder le hasard tel qu’il se manifeste dans les processus biologiques, dans les systèmes vivants et de s’appuyer sur l’hypothèse que ce « hasard est nécessaire ». Plus, il est créateur de cette diversité et de cette diversification observée. L’auteur en fait même « un principe indispensable » associé à la nécessité de survivre, véritable assurance-vie soumise aux lois de la sélection naturelle. En poussant cette hypothèse plus loin, le hasard apparaît alors comme le facteur primordial des systèmes évolutifs, capables de générer eux-mêmes ce hasard par le jeu de « roulettes biologiques » leur assurant de prospecter toutes les voies du possible.

Le hasard et les mécanismes qui le produisent au niveau de certaines fonctions apparaissent alors comme nécessaires au maintien de la vie elle-même et à sa compréhension. Des comportements chaotiques pouvant éventuellement conduire à des systèmes oscillants sont parfois observés. On retrouve alors les sciences dures où des systèmes parfaitement déterministes engendrent des processus stochastiques. Ce hasard intrinsèque, nécessaire et créateur, par réaction au hasard imposé et strictement contingent, nous est donc présenté par Alain Pavé comme sélectionné par l’évolution. Il s’efforce, dans son domaine de recherche (programme Amazonie-IRD-CNRS-Ecofit), d’en fournir des preuves dans l’étude de systèmes où l’importance des phénomènes aléatoires spontanés conduit à améliorer l’efficacité des processus évolutifs dans un environnement donné. La question est même posée de savoir si l’on n’a pas intérêt à améliorer aussi les processus engendrant ce hasard pour accroître la diversification et donc assurer le maintien de la biodiversité dans les écosystèmes !

Une composante aléatoire dans les systèmes immunitaires semble aussi jouer dans les deux sens : dans la recherche d’une thérapie par les systèmes de défense eux-mêmes, mais aussi par certains micro-organismes du type virus pour justement déjouer les systèmes de défense. Dans les deux cas, il apparaît que le couple hasard-nécessité comme « bruit de fond » fasse mieux que notre imagination avec l’émergence de nouvelles relations et l’apparition de nouveaux mécanismes où concurrence et compétition optimisent des rétroactions domestiquées. L’utilisation de concepts et modèles mathématiques issus de l’écologie permet de mieux appréhender ces processus immunitaires en « limitant les processus combinatoires des agents pathogènes ou en amplifiant ceux des systèmes immunitaires ». L’étude dans le temps et dans l’espace, et à différentes échelles et niveaux d’organisation, semble étroitement liée à ces « mécanismes de diversification spontanées essentiellement fondés sur des processus aléatoires ».

Ce hasard nécessaire, admirablement bien défendu par l’auteur, offre une nouvelle et indispensable évaluation de la biodiversité et devrait nous assurer d’une meilleure gestion sur son évolution, par une meilleure appréciation des limites de l’action humaine face aux systèmes dynamiques spontanés. En tout cas nouveau pont entre les sciences dures et la dure réalité du terrain. A quand son application dans le domaine des sciences humaines et notre gestion des affaires publiques ?

Jacques Cazenove - 29/05/2007



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