ÉNERGIE : Une pénurie au secours du CLIMAT ?

jeudi 21 février 2013

N°91- ÉNERGIES : UNE PÉNURIE AU SECOURS DU CLIMAT ?
A.Nicolas - Belin/Pour la Science - 09/11 - 160 pages - Tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Mise au point concise, rigoureuse et objective sur 3 sujets cruciaux pour notre avenir : la pénurie des combustibles annoncée, l’évolution des ressources énergétiques et de la démographique, et le changement climatique. Crise énergétique et climatique, où l’une chasserait l’autre ? Pénurie, une chance pour le climat ?

MOTS CLÉ : pétrole, pénurie, démographie, climat, avenir.

L’AUTEUR : Adolphe NICOLAS géologue de formation, professeur émérite (Université de Montpellier). Ancien Conseiller au Ministère de la Recherche. Grand prix de l’Académie des Sciences 05. Auteur de Futur empoisonné, quels défis, quels remèdes ? (07), 2050 rendez-vous à risques (04).

Deux volets dans le dossier qui se veut s’inscrire dans la perspective d’une rupture imminente : montée des risques et prévisions pour le XXI° siècle où l’énergie, et plus particulièrement le pétrole, est au centre des paysages. L’auteur établit le lien entre croissance et richesse de la population, et pénurie attendue des ressources, dont les combustibles fossiles représentent le système sanguin de nos sociétés de consommation. L’extrapolation vers le futur (Empoisonné ? Emprisonné) se résume en 2 attitudes. Celle de l’Establishement polico-économico-financier qui, sans rupture avec le passé, évalue le coût pour une adaptation aux changements climatiques. L’autre scientifique, en rupture avec nos habitudes, pointe la finitude de notre écosystème et les conséquences de bon sens qu’il faut tirer. Table ronde où le monde tourne autour ?

L’énergie au centre de tout (chap1), façonne le destin de l’homme lui imposant des rendez-vous à risque. La partition de cet hymne au pétrole, au peak oil déjà dépassé (2005 ?), est ici décortiquée et exige une nouvelle alliance. La pénurie (chap2), après inventaires établis sur les réserves fossiles (J.Lahérrère), et analyses des énergies renouvelables, esquissent une échéance de 2020 pour le pétrole, de 2030/50 pour le charbon. Contrainte mais aussi clé d’un futur meilleur ? Faut-il relativiser les avertissements de nombreux scientifiques et spécialistes, face à l’optimisme des dirigeants politiques, économiques et financiers accrochés à la croissance (chap3) ? L’inflexion observée de la démographie est-elle aussi annonciatrice d’un avenir planétaire mieux contrôlé ? Quel crédit accorder aux prévisions divergentes des économistes et des géologues (chap4), de cultures et d’intérêts très différents. Les uns pointant le sous-sol fossile, les autres la surface vivante. Le court-terme face au long terme, le tout pataugeant dans une débauche d’énergies gaspillées.

Après le pétrole, quelles énergies (chap5), quand la priorité consiste à réduire par 4 la consommation énergétique des pays riches d’ici 2050, tout en ménageant un espace de développement aux autres pays ? Quel usage allons-nous faire de ce laps de temps quand on sait qu’en 10 ans (sortie du plateau) il faudra affronter la pénurie de pétrole ? Certes, les incertitudes fleurissent (liquides non conventionnels, contraintes financières…), mais quelle société du futur faut-il mettre en place pour ceux qui n’auront plus le bénéfice de 2 milliards d’années d’accumulation de réserves d’énergie (chap6) ? Urbanisation, exodes, transports, agriculture, finances…sont à reconsidérer si l’on ne veut pas tomber dans les scénarios catastrophes évoqués, où pénurie de pétrole, crise énergétique, crise économique, pénurie alimentaire et décroissance de la population se tiennent par la main. Le concept de résilience, avec restauration des systèmes naturels, sevrage économique sévère et développement des énergies renouvelables, ouvrent quelque palliatifs pour amortir la sortie de l’AnthropocèneHomo économicus est devenu facteur géologique. (Pour sa prochaine levée, à bicyclette bien sûr !)

Évoquer (chap7) les rétroactions positives et négatives d’un système complexe, encore sous déterminé, conduit à un large éventail de modèles (GIEC) pour ce monde ventre à terre où les divergences pointent surtout sur les émissions de CO₂. Les estimations des réserves et des pics, pour les combustibles fossiles conditionnent les conclusions, et les limitations analysées dans l’ouvrage (pétrole 2020/charbon <2050), posent un bémol sur les plus pessimistes d’entre eux. Resteraient pertinents, ceux fondés sur les stocks proches des évaluations géologiques actualisées, faisant émerger un horizon plus vertueux, Changement de tonalité ne devant pas conduire à baisser la garde vis-à-vis du changement climatique, car ses mécanismes étant mal connus, on ne peut exclure tout risque d’emballement…

Pénuries et crises enchaînées, comme ouverture d’une ère d’hominescence, sans autre point de vie que celles de Géonautes, prêts à briser ses miroirs et ouvrir des fenêtres sur ce monde hasardeux qui requiert le tout ? A remplacer une pensée qui sépare et qui réduit (Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-là ; dominez tous les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur terre-Gen.28), par une pensée com-plexe (tissée ensemble), qui distingue et relie. Les nombreuses analyses graphiques et les encarts qui argumentent l’ouvrage, conduisent le lecteur à réagir sur l’attitude qui consiste de s’affliger des conséquences, tout en s’accommodant des causes. Dans cet avenir où nous entrons à reculons (P.Valéry), lucides et responsables, nous payerons durement les fleuves de pétrole gaspillé, mais nos petits enfants pourront respirer. L’avenir n’est pas à prévoir, mais à permettre.

Jacques CAZENOVE - 13/11/11.



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