Pierre Gilles de GENNES

mardi 22 mai 2012

N°44- Pierre Gilles de GENNES. GENTLEMAN PHYSICIEN.
Laurence Plévert - Belin - Pour la Science - 06/09 - 268 pages - Tout lecteur.

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RÉSUMÉ : Biographie de proximité du Nobel 91, directeur de l’ESPCI pendant 26 ans, connu et apprécié pour son éclectisme scientifique, se passionnant tout autant de matière molle et grains de sable, que de supraconductivité ou de neurosciences.

MOTS CLÉ : Y.de Gennes, R.Feynman, Ed.Bauer, Y.Rocard, P.Aigrain, J.Friedel.

L’AUTEUR : Laurence PLÉVERT est écrivain scientifique (Science & Avenir, Euréka, Pour la Science).

C’est avec une grande minutie et de très nombreux témoignages de proximité que Laurence PLÉVERT met à notre disposition une biographie des plus pointilliste d’un homme d’exception, pour qui le modèle n’était autre qu’un autre physicien d’exception, R.FEYNMAN. Délaissé jusqu’à l’âge de 3 ans par une mère peu encline à montrer ses émotions, atteint d’une pleurésie à l’âge de 7 ans, il perd son royaliste de père à l’âge de 9 ans, sans en faire tout à fait le deuil, ligne de démarcation oblige. Exigeante envers elle-même, Yvonne de Gennes impose, non sans conflits, à son fils une éducation faite d’abnégation et de dépassement de soi-même. En 42, à Barcelonnette, son professeur de français, P.Blanchard, l’ouvre au plaisir d’apprendre. Consciente de ses aptitudes, elle l’éduque elle-même en apportant quelques cours en complément, ne tolérant aucun laisser aller. Il fallait être le meilleur pour cette dame qui se présentait comme la maman du futur prix Nobel ! L’inventivité et la rigueur sont d’avantage mis à l’épreuve dans une petite manip, à faire de la physique avec les mains. L’immense culture acquise alors par un travail acharné, faisait que sa pensée était difficile à suivre tant elle bifurquait au grès de ses intuitions, s’autoalimentant par échange d’idées sur des sujets différents.

Audacieux, juste après la 3°, de prendre une année (45) sabbatique, histoire de parfaire sa culture et de découvrir le Palais de la Découverte, premier rendez-vous avec la science et les interférences. Rencontre avec Ed.Bauer, professeur au Collège de France qui lui offre son Électromagnétisme, hier et aujourd’hui, et qui va l’ouvrir aux grands thèmes où la quantique s’applique aux problèmes macroscopiques. Après le bac il intègre NSE (Normale Science Expérimentale), faisant la part belle à la biologie et au sens de l’observation ; il le préconisera plus tard au niveau des réformes dans l’enseignement. Sorti major, il intègre l’ENS (51), rue d’Ulm, avec Y.Rocard directeur, pionnier de l’interdisciplinarité, et qu’il tiendra comme l’un de ses maîtres à penser, appréciant ses cours ancrés dans le réel. Mais c’est dans les livres qu’il s’ouvre aux grands maîtres, Schiff, Dirac, Feynamn, s’équipant au fur et à mesure, comme il le fera toute sa vie, explitant une exceptionnelle maturité, un grand sens de l’économie et une formidable ouverture d’esprit. En 2° année (52), P.Aigrain (lasers à semi conducteur) lui ouvre, avec Ph.Nozières, les portes de l‘école d’été des Houches créée par Cécile de Witt en 51, et où toute la physique de l’époque se bidouillait au grand jour, à l’ombre de grands patrons. (Pauli, Shockley).

54 : rencontre et mariage (au temple pour contenter Yvonne !) avec Anne-Marie Rouet. Mémoire sur la diffusion des porteurs et virée (sans Annie alitée…) en Yougoslavie avec J.Signoret et R.Omnès avant la naissance de Christian et l’année de l’agrégation. Il soutient sa thèse au CEA de Saclay, (F.Perrin, Y.Rocard, J.Friedel, L.Néel) en déc.57, précieuse synthèse de l’état de l’art sur la diffusion magnétique des neutrons où l’on appréciera déjà ses particularismes : utilisation des analogies (tout se passe comme si..), plein feu sur les mécanismes en jeu plutôt que sur le formalisme, diversification des recherches pour éveiller la curiosité, autour des transitions de phase, de la percolation, de la supraconductivité, des résonances nucléaires. Sur proposition de J.Friedel, Ch.Kittel invite de Gennes à Berkeley (59) qui annonce à Annie : soit tu m’accompagnes, soit tu restes avec les enfants ! Voilà comment on entre dans la cours de grands à 27 ans avant d’être rattrapé par les obligations militaires (27 mois) et les expériences nucléaires à Réggane. (60). Sept 61 il est maître de conférences à Orsay dans le Laboratoire de Physique du Solide (LPS) crée par Y.Rocard (59). En concurrence avec Grenoble sur le thème de la supraconductivité et de la théorie BCS, ce patron, pas toujours des plus aimable, met en évidence le champ critique HC3 qui offre au groupe d’Orsay sa réputation internationale.

Les changements de cap se poursuivent : turbulence, polymères, cristaux liquides LCD, où les analogies avec les supraconducteurs permettent de dégager des supralois. 68 laisse des séquelles ; ils remettent tout en cause, même le travail. Où va-t-on ? En 69 c’est le Grand Prix de Physique l’Académie des Sciences. Certains lui reprochent de ne voir que ses intérêts quand il abandonne Orsay (70) pour le Collège de France et une chaire de physique de la matière condensée. A la croisée de la physique, de la chimie et de la biologie, la matière molle est caractérisée par une réponse importante à une sollicitation faible. Il s’appuie sur les groupes de renormalisation (71) pour construire une théorie générale des polymères où le n=0 pèse autant que E=mc² ! En 83 il se lance dans le mouillage, en 89 sur les colles. Il assure aussi la direction de l’ESPCI (76 à 03) et met en pratique ses idées sur l’enseignement et la recherche (préceptorat, mérite, cumul, innovation). L’Institut lui ouvre ses portes en 79, la Royal Society en 84, le monde de l’industrie (Exxon, Rhône Poulenc) fait appel à ses compétences multiples.

Côté famille, rien ne doit le distraire. Il avait choisi de mener deux vies de front, causant des souffrances dans son entourage. A quel point s’en rendait-il compte ?

Et puis ce fût le Nobel (16/10/91). Quel dommage que ma mère ne soit plus là ! Modulé par : l’important dans la vie, ce ne sont pas les récompenses, mais…voir grandir ses enfants. Nobel porte voix pour lever les menaces (ESPCI, TGE, enseignement, écologie, nucléaire), et faire passer auprès des lycéens certains messages (ordres de grandeur, approche par des lois d’échelle, art d’obtenir de bons résultats avec de mauvaises méthodes, TIPE). On lui reprocha son despotisme, (la structure de l’école est archaïque, j’en profite), mais pas d’avoir renouvelé la physique en défrichant de nouveaux domaines avec le champ critique HC3 (supraconductivité), l’idée de reptation et le théorème n=0 (polymères), la dynamique de la ligne triple (mouillage). Avec cette flamme intérieure qu’attisait le plaisir de la découverte, il avait compris cette difficulté de transmettre et ce refus de s’établir dans le confort, soucieux de redonner à la physique, à la fois sa dimension de science naturelle, mais aussi son soucis d’idéaux tels que l’éthique de la connaissance et de la solidarité planétaire.

Cet homme d’exception nous a quitté le vendredi 18 mai 2007, dans son bureau, face au cancer, par arrêt de l’arbitre. Merci à Laurence Plévert de cet émouvant témoignage. Un calendrier multidisciplinaire récapitulatif sur la ligne d’univers de P.G.G aurait été le bienvenu.

Jacques Cazenove



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