Épistémologie & Histoire des sciences

jeudi 24 mai 2012
par  Jacques

N°82- ÉPISTÉMOLOGIE & HISTOIRE des SCIENCES
Collectif - S.Gonzalès - Vuibert CNED - 02/10 - 265 pages- Tout lecteur

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RÉSUMÉ : Questionnement général et régional, autour de la prétention de la science à dire le vrai sur le réel. En quoi consiste le progrès des connaissances et comment décrire l’influence du contexte socio-culturel sur l’élaboration des théories. ?

MOTS CLÉ : connaissances, empirisme, criticisme, falsification

LES AUTEURS : Sous la direction de Solange GONZALES : A.Barberousse - B.Bensaude-Vincent - P.Duris - S.Gandon - G.Gohau - P.Savaton

Ouvrage collectif en 2 sections centrées sur le fondement & le développement de nos connaissances scientifiques à prétendre dire le vrai sur le réel.

Première section : Origine & développement. Dire que la science occupe une place majeure dans la construction de nos savoirs, exige de s’interroger sur l’autorité accordée aux théories proposées, comprises comme modèles de cette réalité. Juché sur les épaules de géants (Platon, Descartes, Locke, Kant), on s’initie aux techniques, rationalisme/déductif & empirisme/inductif, pour tailler dans la matière où l’expérience creuse son trou. Sensibilité (réception d’impressions sensibles) et entendement (formation de concepts), se conjuguent autour du phénomène qui se donne à connaître dans l’espace (juxtaposition) et dans le temps (succession), a priori. Les limites du bon usage de la raison sont donc fixées, écartant toute prétention illégitime (métaphysique, idéologique, sociologique, religieuse) à connaître ce qui échappe à l’expérience !

Débat sur les fondements, en particulier de l’inductivisme (glisser du particulier au général) adossé à l’empirisme (les données viennent des sens) qui reste au devant de la scène (Duhem-Russell). Le falsificationisme (Popper) ou l’expérience cruciale, ne règle le problème du caractère provisoire et faillible des constructions théoriques.

Développement des connaissances, semé de discontinuités vues comme changements de cadres conceptuels (Paradigmes-Kunt), ou de modifications de structures autour de programmes de recherche centrés sur un noyau dur, entouré de ceintures falsifiables et modelables (Lakatos). L’intrusion de facteurs extra scientifiques (sociologiques-culturels) conduisent à un relativisme où le « tout est bon » (Feyerabend), plaide pour une liberté de pensée entière et très stimulante, à condition qu’elle ne soit exagérément permissive. Les sciences progressent-elles par ruptures rendant les théories incommensurables entre-elles ? (Bachelard-Koyré). Les objets scientifiques s’incarnent-ils dans notre espace commun de représentation en s’opposant à l’opinion ? Comment départager les thèses scientifiques d’affirmations plus gratuites ? Les neurosciences et sciences cognitives vont-elles établir le lien entre phénomènes mentaux et structure physico-chimique sous-jacente, au travers du concept d’émergence (le tout est plus que la somme des parties) ou de survenance ?

La seconde section : épistémologie régionale, entendue comme particulière à la chimie, à la biologie, à la physique, à la géologie et aux mathématiques.
Le chimiste (B.Bansaude-Vincent), après avoir dépassé le côté cuisine qui colle à l’outillage, délègue aux molécules le soin d’accomplir les opérations sous-tendues par la théorie, et tient pour vérité ce qui est fait, et non ce qui est donné. Sur le fil des analyses et des synthèses, se matérialisent les opérations théoriques faisant appel aux algorithmes des simulations numériques, et aux machines moléculaires.
L’histoire de la biologie (P.Duris) est centrée sur la classification du vivant (Linné), le passage du fixisme, au transformisme (Lamarck), et à l’évolutionnisme (Darwin-1859), l’origine de la vie, la mise en place de la méthode expérimentale jusqu’à la soupe primitive (Oparine/Haldame), les mécanismes de la reproduction et de l’hérédité. L’histoire met en lumière les présupposés culturels, idéologiques et religieux, où l’observateur au foyer du microscope tarde à dissocier le comprendre, des représentations qui se bousculent.

L’épistémologie en physique (A.Barberousse), est une réflexion sur les concepts (espace, temps et espace-temps), le statut des lois, regroupées en théories hiérarchisées et la méthodologie. Une attention pour l’expérience de pensée (démons, jumeaux, EPR) qui joue un rôle déterminant pour explorer les conséquences parfois étranges, contraires aux habitudes, dans l’exploration d’une théorie. La référence à la Nature de la physique (R.Feynman), pour rappeler son étonnement devant la diversité des présentations des lois fondamentales qui s’ajustent à plusieurs moules à la fois, les rendant tout autant nécessaires que les objets mathématique sous-jacents. Nécessaires, mais pas absolument vraies, car à perfectionner, même si elles se doivent d’être prédictives.

Le discours géologique (G.Gohau/P.Savaton) est nécessairement de nature historique et ses divers rameaux (minéralogie, pétrographie, stratigraphie, tectonique, paléontologie) imposent des méthodologies différentes et autant d’épistémologies, dont deux d’entre-elles sont développées. D’abord la dimension historique (Lyell-Hooke-Sténon) centrée sur le principe d’uniformitarisme, (phénomènes anciens de même nature et de même intensité que phénomènes actuels). Chaque étape influe sur les suivantes (modèle du jeu d’échec-Cournot) avec sa dose de contingence initiée dans la nouvelle alliance (Progogine/Stengers). Ensuite la représentation cartographique qui se doit de produire plus d’informations que le terrain. Devoir penser le tout (continu), à partir d’affleurements (discontinu). La carte, pensée avant d’être produite, devient à la fois discours géologique et outil pour le géologue.

Le statut et la fécondité des objets mathématiques sont les deux objectifs développés (S.Gandon), avec le concept de construction qui consiste à ajouter ce qui manque pour poursuivre ce qui est cherché. La déraisonnable efficacité (Wigner) de leur pensée, sûre de son langage, vient peut-être de ce qu’elles élargissent le domaine des possibles de pensée, permettant ainsi de multiplier et de diversifier les interprétations du monde.

Spécialisation et efficacité sont souvent source de séparation entre scientifiques et épistémologues/philosophes des sciences. La complexité bruitée de l’argumentation de ces derniers n’apporte pas toujours l’heureuse étincelle qui ouvre à la merveilleuse (mirabilis) intuition. Allez demander à un mille-pattes comment il marche !

Que de choses il faut ignorer pour agir ! (P.Valéry-Tel quel). Il se pourrait que la science préfère prendre le large sur fond de poésie, et en ut majeur ?

Jacques CAZENOVE



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